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©Jean Sawadogo
Boureima Zongo dans son bureau à Ouagadougou

Sécurité au Burkina : groupes d’autodéfense et lutte contre le terrorisme

Il y a de cela quelques jours, l’Etat burkinabè à travers le ministère en charge de la sécurité, a décidé d’impliquer davantage les initiatives locales de sécurité communément appelées « groupe d’autodéfense, dans la lutte contre le terrorisme. Dans cet entretien qu’il a accordé à Studio Yafa, Boureima Zongo Maître Assistant en sociologie à l’Université Joseph Ki-Zerbo, analyse les enjeux de cette initiative.

Studio Yafa : Quelle appréciation faites-vous de l’implication des groupes d’auto-défense dans la lutte contre le terrorisme ?

Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, si l’Etat décide de les impliquer, c’est aussi une prise de conscience que c’est la contribution de tout un chacun, la participation de tous les acteurs qui peut permettre de renforcer la capacité de résilience de la société burkinabè. L’intérêt de les associer c’est que ce sont des groupes, des acteurs qui ont déjà un certain mode opératoire, qui ont une connaissance de leur milieu et du terrain et qui connaissent à peu près l’ensemble de la population.

Ils ont aussi un réseau de communication qui semble très fiable. Ils peuvent donc renforcer le renseignement parce qu’ils sont du milieu, et que ceux du milieu leur font confiance. Le renforcement du renseignement est un élément important dans la lutte contre le terrorisme. Maintenant, ce qui serait intéressant de faire, c’est d’améliorer leur formation et améliorer leur équipement en matière d’armement parce que ce qu’on voit dans les médias, c’est que les terroristes semblent disposer d’armes supérieurs à ceux des initiatives locales de sécurité.  

Studio Yafa : Certains estiment que ça pose problème d’armer des civils pour lutter contre le terrorisme ?

C’est une thèse qui vaut ce qu’elle vaut mais on ne peut pas considérer ces groupes comme des civils au sens où certains le pensent. On est dans un contexte où c’est le terrain qui commande la manœuvre comme on le dit dans l’armée. On est dans un contexte qui a été rapidement bouleversé depuis 2014-2015 et qui a mis à nu les faiblesses de notre système sécuritaire et où on a vu en même temps naître des expériences d’action communautaires qui produisent quelques fruits par rapport notamment à la lutte contre le grand banditisme qui avait reculé drastiquement avant la survenue du terrorisme.

En les écoutants, ce sont des initiatives où il y a des règles de fonctionnement. Ils ont édicté des règles de comportement et on ne peut pas par exemple les impliquer sans un minimum de formation sur le sens de l’Etat, sur le sens de la République, sur le sens de leur engagement. Donc, les armes qui seront à leur disposition et les expertises qu’on va leur donner ce n’est pas pour réattaquer l’Etat mais c’est pour accompagner, pour aider à lutter contre un mal qui va en grandissant. On sait bien que des civils qui ont des armes peuvent être rapidement instrumentalisés comme le peuvent aussi les militaires. Mais l’initiative qui consiste à les impliquer est qu’ils sont déjà des groupes organisés qui peuvent être canalisés pour aider à faire face au terrorisme.

Studio Yafa : Comment faire pour éviter les dérapages comme ce qui s’est passé à Yirgou avec certains de ces groupes ?

L’Etat lui-même a pris un décret qui organise les populations en police de proximité. Il y a donc déjà un cadre réglementaire qui existe dans lequel on a souhaité que toutes ces initiatives entrent. Je pense que la direction de la police de proximité effectue déjà un travail de formation et de sensibilisation sur la façon dont elles doivent agir pour ne pas tomber sous le coup des exactions et aux atteintes aux droits de l’homme. Il me semble que Yirgou et d’autres situations qu’on a connues relèvent d’un temps où la communication n’était pas forcément encrée entre les initiatives locales et l’Etat.

Mais depuis, il y a un cap qui a été atteint. Il faut maintenant espérer que l’administration publique qui représente l’Etat se donne les moyens de d’abord les former suffisamment et sensibiliser à avoir le sens de l’Etat et savoir qu’en tant qu’acteurs, ils doivent répondre d’un certain nombre de directives et de décisions qui viennent de leurs responsables. C’est donc cette capacité à leur faire adopter la culture de l’administration et de l’Etat qui va améliorer leurs interventions sur le terrain.

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 Jean Sawadogo

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