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©Ahmed Ouoba
Un jeune manifestant tenant une pancarte le 26 octobre 2017 à Ouagadougou

Fonction publique burkinabè : la galère des nouvelles recrues de l’état

La situation des fonctionnaires stagiaires de l’Etat burkinabè n’est pas du tout enviable. En effet, plusieurs mois après la fin de leur formation ou prise de service, ces derniers doivent attendre avant de recevoir leur premier salaire. Face à la précarité, certains contractent des dettes auprès des banques ou s’en remettent à la générosité de leurs parents ou amis.

 

S’il est difficile de trouver du travail sous nos cieux, dur est aussi le chemin à parcourir avant de recevoir son premier salaire dans la fonction publique burkinabè. Edouard Ouédraogo l’a appris à ses dépens. Agé de 30 ans et fraichement sorti de l’école nationale des régies financières (ENAREF), ce conseiller en économie du développement broie du noir depuis la fin de sa formation, il y a plus de six (06) mois de cela.

La raison est qu’au terme de son séjour à l’école professionnelle, il ne reçoit même plus le pécule d’une valeur de 70 000 Fcfa qu’il percevait durant le temps de son apprentissage. « On est déjà affilié à une banque qui nous vire le pécule durant le temps de la formation. Le problème qui se pose c’est que la banque tient seulement compte de nous au moment de la formation. Après la formation, comme on a plus accès au pécule, la banque arrête de nous donner quoi que ce soit », explique-t-il avec amertume.

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Ainsi, après la formation et même après avoir pris service, certains agents sont obligés de se « débrouiller » pour joindre les deux bouts en attendant le premier salaire. C’est le cas de Bassirou Badini, jeune infirmier d’Etat de 26 ans en poste à Manga, dans le Centre-Sud du Burkina Faso. « Entre mon intégration et le mandatement, cela a pris une année et 5 mois. Durant cette période, c’était vraiment compliqué. Tu prends service et puis tu n’as rien, c’est compliqué pour le déplacement et pour l’installation. On s’est débrouillé pendant tout ce temps avant d’avoir quelque chose », témoigne-t-il.

 La chance de Bassirou est qu’entre son intégration à la fonction publique et sa prise de service, il a pu obtenir un contrat de 6 mois avec une ONG internationale œuvrant au Burkina Faso. « Ce sont les économies que j’ai pu faire durant ce travail qui m’ont aidé à tenir le coup avant de recevoir quelque chose de l’Etat », a-t-il indiqué.

Trouver une solution avec les banques

 Edouard Ouédraogo n’a pas eu la même chance que Bassirou. Ainsi, pour faire face aux difficultés, il compte sur ses parents et ses frères tout en espérant que les choses vont vites entrer dans l’ordre. Pour éviter cette situation de précarité, le conseiller en économie ne manque pas d’idées et de propositions. Il estime « que l’Etat gagnerait à signer un partenariat avec les banques auxquelles nous sommes affiliés pour qu’elles continuent de nous donner quelque chose entre la période qui va de la fin de la formation au mandatement. Ils peuvent faire ça de façon optionnelle pour ceux qui veulent. Pour ceux qui le désirent ; la banque doit pouvoir les accompagner. Pour ceux qui veulent dépendre d’eux-mêmes aussi, on respecte leur choix. Mais nous larguer comme ça dans la nature, je pense que c’est très dangereux ».

Il y a plusieurs explications à cette situation que vivent les fonctionnaires stagiaires de l’Etat. La première explication se situe au niveau du processus de suivi des dossiers des fonctionnaires stagiaires. Selon les explications des stagiaires interrogés, le dossier du stagiaire doit franchir deux étapes : l’étape du ministère de la fonction publique et celle de la solde. « Ça prend beaucoup de temps pour avoir l’intégration à la fonction publique », explique Bassirou. Plus que le temps, Edouard Ouédraogo estime « qu’il faut souvent passer par des connaissances ou accepter la corruption si tu veux voir ton dossier arriver rapidement à la solde ».

Jean Sawadogo

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