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Vendeuses de porc au four, koudougou le 21 avril 2022

Koudougou : chez la dame du « bon porc au four »

Rentrée de la Côte d'Ivoire et à la recherche d’une activité pour se prendre en charge, Adeline Bonkoungou, ancienne cuisinière s’est reconvertie en vendeuse de porc au four. D'habitude, cette activité est considérée comme la chasse gardée des hommes. Mais, elle ne trouve aucune gêne à briser ce cliché. Adeline ne regrette pas d’avoir fait ce choix finalement payant.
 

Lorsqu’en 2018, dame Adeline Bonkoungou foulait le sol burkinabè de retour de la Côte d’Ivoire, elle avait une hantise: quelle activité mener ? Elle a dû rentrer précipitamment après le décès de son patron chez qui elle travaillait comme cuisinière. Née en Côte d’Ivoire, elle connaissait très peu le Burkina Faso, son pays d’origine. Sans diplôme, elle était consciente qu’elle aurait des difficultés à travailler pour la fonction publique ou même dans des structures privées.

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La jeune dame fait un constat : A Koudougou, la population adore le porc au four. C’est trouvé. C’est ce qu’elle souhaite vendre. « Au Burkina ici, ce n’est pas comme en Côte d’Ivoire. Surtout si tu n’as pas fait d’études, tu ne peux pas avoir du travail. En réfléchissant, j’ai dit à mes sœurs qu’on allait faire du porc au four. Au début, il y a certaines qui ne voulaient pas le faire. Mais moi j’ai foncé et elles ont été convaincues», se rappelle Adeline.

L'arrivée du bon samaritain

Adeline met en avant ses qualités de cuisinière, poste qu’elle occupait à Marcory un quartier résidentiel d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Elle réunit ses économies et prend attache avec Vincent Seogo un gérant de maquis de la ville de Koudougou. Elle lui fait part de son projet. « Vincent m’a demandé, vous voulez vraiment faire du porc au four ? J’ai répondu par oui. Il m’a alors dit qu’il y a la place. Si j’ai le matériel je pouvais commencer. Je suis immédiatement allée chercher un four pour venir installer et j’ai rapidement commencé », raconte Adeline.

Les premiers pas ont été difficiles pour elle. Manque de moyen. Méconnaissance du circuit du marché du porc. Au bord du découragement, Adeline se fait une idée pour lancer son commerce. « En toute chose, il ne faut pas baisser les bras. Si tu n’es pas courageux, tu risques de tout abandonner et repartir à zéro. Mais avec le courage, j’ai lutté et j’ai croisé des gens qui me donnaient le porc à crédit et quand je vends, je leur remets leur argent », dévoile la jeune dame. Grâce à cette méthode, elle réussit à se constituer un fond.

Comme si ils s’y attendaient, les clients affluent et apprécient. Le secret ? Les épices. « En tant qu’ancienne cuisinière, j’ai compris que l’hygiène était importante. Alors, je prends mon temps pour nettoyer le porc. Mais, il faut surtout bien épicer le porc pour ne pas qu'il dégage certains arrières goûts », démontre-t-elle.

Les clients apprécient

La musique en fond sonore, Etienne Bazié déguste sa bière après avoir consommé son porc au four. C’est la première fois qu’il mange chez Adeline. A Réo d’où il est originaire, le porc au four est une spécialité. Mais, il est quand même séduit. « Je suis passé pour un dossier aux impôts. Il y a un frère qui m’a parlé de cet endroit où le porc est vendu par des femmes. J’ai pris un morceau. J’ai mangé et j’ai vraiment apprécié. Il y a beaucoup d’épices, du soumbala, de l’ail… C’est vraiment bon », adresse-t-il, tout admiratif accompagné d’un éclat de rire.

Ferdinand Ky, fonctionnaire résident à Dédougou est un habitué. Depuis trois ans, il fait escale pour prendre au moins un morceau. « Depuis la période du Coronavirus, on m’a parlé de dames à Koudougou qui font du bon porc au four. Alors de passage avec des frères, nous avons fait escale. Nous avons mangé et nous avons constaté que c’est bien fait. Depuis lors, quand je passe à Koudougou, je fais une escale ici », révèle le jeune homme, cure-dent en main.

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Convaincue par son activité, Adeline est rejointe par sa sœur Clarisse. Au début, elle a dû subir certains préjugés avec sa sœur. « Avant, on disait, regardez ces femmes au lieu de faire d’autres activités, elles viennent vendre du porc, regrette-t-elle tout en relativisant, mais il y a des gens qui viennent nous encourager en disant que si toutes les femmes se battaient ainsi, ce serait bien ». Parfois, il faut subir la mauvaise humeur des clients. « Juste hier, il y a un client qui m’a accusée d’avoir échangé son morceau alors que ce n’était pas le cas », explique-t-elle.

Une activité lucrative

En plus de Clarisse, trois autres sœurs travaillent là. Elles sont payées entre 25 mille et 50 mille francs CFA par mois. Une fortune pour ces jeunes filles qui n’avaient aucune source de revenus il y a quelques années. Grâce à cette activité, fini les soucis d’argent pour Clarisse  qui dit supporter les charges familiales. « J’ai quatre enfants. J’arrive à payer les frais de scolarité sans problème. Franchement, la vente du porc au four nous a sauvées », assure-t-elle.

Idem pour Adeline. Chef de famille, elle n’éprouve aucune difficulté à prendre en charge les besoins de celle-ci. « Franchement, j’arrive à payer les frais de scolarité de mes enfants, ceux de mon frère et de mon oncle et à prendre en charge ma mère qui est avec moi », se réjouit la jeune dame. Elle dit verser également deux ou mille francs CFA à deux jeunes chargés de décaper le cochon acheté parfois entre 50 et 200 mille francs CFA.

Aujourd’hui, Adeline ne regrette pas d’avoir choisi la vente du porc au four pour subvenir à ses besoins. Elle espère justement agrandir son activité en s’adonnant à l’élevage du porc.

 Boukari OUEDRAOGO

 

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