COVID-19 : Tous ensemble face au virus

Et aussi

des énarques pendant la formation

Covid-19 au Burkina : « Nous sacrifier pour justifier leurs statistiques ? »

De son stage militaire au camp Ouézzin Coulibaly à Bobo Dioulasso, Rachid Paré est revenu à Ouagadougou infecté de la Covid-19. Depuis, le pensionnaire de l’Ecole nationale de l’administration et de la magistrature (ENAM) est confiné à domicile. Comme lui, 188 stagiaires de cette école ont également contracté la maladie. La plupart d’entre eux regrettent le manque de sérieux et la confusion qui ont accompagné l’annonce des résultats des tests, ce qui a poussé beaucoup à quitter le camp.

Rachid Paré se pose toujours des questions. Comment le virus a pu percer le dispositif sanitaire pour s’infiltrer dans l’enceinte du camp militaire Ouézzin Coulibaly de Bobo Dioulasso ? Des réponses qu’il n’a pas, surtout que les 850 apprenants ont passé deux tests, déclarés négatifs, avant d’aller pour leur formation militaire de base.

« On respirait les narines dans les narines, on mangeait dans les mêmes plats, on dormait ensemble. Au GIFA ((Ndlr. Groupement d’instruction des forces armées), même le temps de se laver les mains avant de manger, il n’y en avait pas, les histoires de mesures barrières dont on parle n’existait pas », se rappelle Rachid Paré. Son binôme avec qui il disait « faire tout », lui a été testé négatif, ce qui accentue les questions du jeune fonctionnaire.

A la fin de la formation, les tests réalisés sur les pensionnaires ont révélé beaucoup de cas contagion au Coronavirus. Dans un communiqué paru le 13 septembre, le gouverneur de la région des Hauts-bassins, par ailleurs président du comité régional de gestion des épidémies, faisait état de ce que 76 personnes « ont déserté »  leur lieu de stage. Les noms et contacts téléphoniques des ‘’déserteurs’’ ont été publiés.

Mais pour les concernés, il ne s’agit nullement de désertion. « Le samedi on a donné les résultats et ils nous ont dit que les gens du CORUS (Ndlr. Centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires) vont venir s’entretenir avec nous. On a attendu en vain, ils ne sont pas venus. On s’est donc dits qu’ils ne prennent pas notre situation au sérieux », précise Fatoumata Touré. Dans sa chambre de confinement à l’IRA Bobo, la jeune dame ne décolère pas. « Pourquoi afficher nos numéros, c’est ça même qui me dérange dans l’affaire. Il y a des inconnus qui appellent pour leurs propres besoins. Il fallait juste publier nos noms, on allait revenir. Ça m’a trop marqué », rouspète la jeune fille au téléphone.

 « C’était angoissant, inquiétant. Qu’est-ce qu’on allait faire de nous ?  Nous sacrifier pour justifier leurs statistiques ? Dès lors que le délégué général est parti, personne n’était répondant encore des énarques. On a préféré partir. Avec les informations qui ont circulé sur la gestion de cette maladie,  sur les conditions de prise en charge, je n’ai pas confiance en ces gens-là. Qu’est-ce qu’ils allaient faire de nous ? Ce sont des questions que je me posais », soutient pour sa part Rachid Paré. Le jeune homme a donc préféré rentrer à Ouagadougou, où il dit s’être confiné.

Ces questionnements qualifiées de tâtonnements, Issoufou Traoré se les ai aussi posées. Lui également a pris la décision de plier ses bagages pour rentrer sur Ouagadougou. Le jeune fonctionnaire rassure avoir appelé le CORUS, avant la publication des noms. « J’ai appelé dimanche, ils ont dit qu’ils vont venir. Aucun service n’est passé me voir. Jusqu’à présent (Ndlr. Mardi soir) Rien. On est auto confinés», poursuit Issoufou.

Hormis ces griefs, les personnes contactées disent bien se porter et ne présenter aucuns symptômes de la maladie.

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