Gaz butane à Ouaga : Des files interminables, une pénurie qui interroge
Une ordinaire dans les rues de Ouaga, Ph : Studio Yafa

Gaz butane à Ouaga : Des files interminables, une pénurie qui interroge

De longues files d’attente se forment chaque jour devant les dépôts de gaz butane à Ouagadougou. Dès 3 h du matin, des clients arrivent avec leurs bouteilles vides, espérant être servis. Beaucoup repartent le soir, insatisfaits. Depuis décembre, cette situation est devenue le quotidien dans la capitale. Pourtant, à la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY), l’incompréhension demeure. L’entreprise affirme être passée de 400 tonnes de gaz par jour en temps normal à plus de 600 tonnes par jour pour faire face à la forte demande. Alors, où va le gaz ?

Encore une journée perdue à attendre. La mine déconfite, une dame enfourche sa moto, deux bouteilles vides accrochées à l’avant et à l’arrière. Restauratrice, elle dit courir derrière ce combustible depuis trois jours, sans succès. « Depuis 4 h du matin, je suis ici avec ma mère. Nous nous relayons depuis lundi pour espérer avoir du gaz. Ce n’est vraiment pas facile », lance-t-elle, visiblement en colère, appelant les autorités à l’aide.

Deux clientes repartent sans avoir eu du gaz, Ph : Studio Yafa

À la maison comme dans son restaurant, l’activité est fortement ralentie. « Sans gaz, il est difficile de cuisiner. Le charbon est devenu cher et rare. Avec un sachet de 200 francs, on ne fait presque rien. Même en dépensant jusqu’à 6 000 francs pour de petits tas, cela ne suffit pas pour la journée », se plaint-elle avant de repartir, résignée.

Des journées entières sans gaz

À Bendgo, quartier situé à l’est de Ouagadougou, la fatigue est palpable sur les visages. Certains clients attendent depuis l’aube, d’autres depuis plusieurs jours. Assise à même le sol, le dos appuyé contre une grille remplie de bouteilles vides, Franceline Yougbaré raconte son quotidien. Arrivée depuis vendredi, elle est toujours là en milieu de semaine. « À la maison, les enfants pleurent de faim. On se lève souvent à 2 h ou 3 h du matin pour venir attendre ici, et on rentre sans rien », confie-t-elle.

Pour elle, le manque d’informations accentue la frustration. « Personne ne nous dit clairement quand le gaz sera disponible. Nous attendons toute la journée sans savoir si nous pourrons cuisiner ou non. Nous ne sommes pas du tout contents », déplore-t-elle.

Dès l’aube, de longues files se forment dans les dépôts, Ph : Studio Yafa

Même constat chez Sia Sylvie Boro, élève en classe de 3e, qui remplace parfois sa mère dans les files d’attente. « On s’assoit ici et personne ne nous donne d’informations. Si le gaz n’arrive pas, on rentre et on revient le lendemain », explique-t-elle. Quand elle n’est pas à l’école, elle consacre ses journées à cette quête devenue essentielle. « Il faut que le gouvernement prenne la situation à bras-le-corps », estime-t-elle.

Dépôts sous pression

À la cité An III, la tension est tout aussi vive. Marcelline Dibgolongo, comptable, trimballe sa bouteille de gaz depuis plusieurs jours. En cette période de fraîcheur, l’absence de gaz devient difficilement supportable. Elle appelle à une meilleure organisation de la distribution. « Certains arrivent à prendre deux ou trois bouteilles à la fois. Limiter à une bouteille par personne pourrait améliorer la situation », suggère-t-elle.

Marcelline Dibgolongo cherche le gaz depuis plusieurs jours, Ph : Studio Yafa

À l’intérieur du dépôt, des centaines de bouteilles vides sont entassées. Salimata Rouamba, l’une des gérantes, décrit un climat de tension permanente. « Les clients sont à bout. Certains veulent même en venir aux mains. Le matin, nous recevons environ 700 bouteilles et avant midi, tout est épuisé », explique-t-elle.

Des pénuries de gaz sont souvent observées à certaines périodes de l’année. En décembre-janvier notamment, la demande forte à cause de la fraicheur, des fêtes…Par contre, celle-ci est jugée exceptionnelle par les usagers. « Nous n’avons jamais vécu une situation d’une telle ampleur », soupire Franceline Yougbaré.

Incompréhension à la nationale du gaz

Dans un entretien accordé au quotidien Sidwaya le 14 janvier 2026, le directeur du dépôt SONABHY de Bingo, Jonas Sango, a exprimé son étonnement face à la situation. Il assure que les équipes travaillent désormais 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. « Nous sommes passés à plus de 600 tonnes de gaz par jour, avec un pic de 695 tonnes en décembre 2025, contre 400 tonnes auparavant », précise-t-il.

Salimata Rouamba dit subir quotidiennement la furie des clients, Ph : Studio Yafa

Il rassure la population sur la disponibilité du gaz dans les réserves de la SONABHY et appelle à la vigilance. « Il faut dénoncer tout acte visant à détourner le gaz. S’il se retrouve là où il ne doit pas être, c’est aussi la responsabilité de ceux qui l’y acheminent », souligne-t-il.

Alors, où va le gaz ? À la cité An III, Abdias Palé se pose la même question. Assis sur une bouteille vide, l’adolescent a remplacé sa mère, épuisée par l’attente. Le lendemain matin, il devra sans doute se rendre à l’école après une douche à l’eau froide, une perspective qui le fait déjà frissonner.

Tiga Cheick Sawadogo

Toussaint Zongo ( Stagiaire)