À Léo, Abdoul Wahab Nikiema mise sur le génie local pour mécaniser l’agriculture burkinabè
Abdoul Wahab Nikiéma propose des solutions locales à l'agriculture burkinabè, Ph: Studio Yafa

À Léo, Abdoul Wahab Nikiema mise sur le génie local pour mécaniser l’agriculture burkinabè

À Léo, dans la province de la Sissili, Abdoul Wahab Nikiéma s’impose comme l’un des visages de l’innovation agricole locale. À travers son entreprise, il conçoit et fabrique des machines agricoles adaptées aux réalités des producteurs burkinabè. Une reconversion pour ce double diplômé en géographie et en transport logistique.

En plein cœur du marché de Léo, dans la province de la Sissili, le bruit du métal qui résonne attire l’attention. Dans un atelier modeste mais animé, Abdoul Wahab Nikiéma ajuste les dernières pièces d’une égreneuse. Ce mercredi soir, la machine est presque prête. « Ça, c’est une machine qui égrène le maïs, le soja, le riz et le haricot », explique-t-il, avec une fierté non dissimulée.

Malgré les difficultés, Abdoul Wahab Nikiéma ambitionne étendre son expertise au plan national et bien au-delà, Ph: Studio Yafa

Depuis huit ans, cet entrepreneur burkinabè s’est donné pour mission de révolutionner la mécanisation agricole au Burkina Faso à travers son entreprise, Socomet Nikiema et Frères. Il y conçoit et fabrique des machines agricoles telles que des égreneuses, des charrues, des remorques et même des tracteurs, aujourd’hui sollicités et appréciés par de nombreux producteurs et transformateurs agricoles.

Une passion héritée très tôt

Diplômé en géographie et en transport logistique, Abdoul Wahab Nikiéma n’a pourtant pas suivi la voie académique classique. Sa passion pour la fabrication de machines agricoles remonte à son enfance. « J’ai appris le métier auprès de mon père dès l’âge de 11 ans », confie-t-il. Une passion qui devient une vocation en 2017, lorsqu’il décide de s’y consacrer entièrement en créant sa propre entreprise.

Conscient des défis techniques et de la nécessité d’innover, Abdoul Wahab Nikiéma choisit de renforcer ses compétences à l’étranger. Il se forme d’abord au Ghana, puis en Chine, à la découverte de nouvelles technologies adaptées à la transformation agricole.
« On a suivi des formations au Ghana pour pouvoir découvrir d’autres machines, telles que celles qui décortiquent les arachides. On a aussi reçu une formation sur la fabrication et la soudure d’une remorque de tracteur », raconte-t-il. Son désir d’apprentissage et de perfectionnement l’a aussi conduit en Chine.

Du made in Burkina bien apprécié 

De retour au pays, il met en pratique ses acquis et crée officiellement Socomet Nikiéma et Frères. Rapidement, son savoir-faire séduit. Les commandes affluent, aussi bien du secteur privé que de l’État, au Burkina Faso et au-delà des frontières.

« Au Burkina, dans tous les quatre côtés, j’ai déjà commercialisé beaucoup de machines. On a eu beaucoup de marchés avec des structures privées, même avec l’État. En Côte d’Ivoire puis au Mali, j’ai aussi eu des commandes », affirme-t-il, le visage lumineux.

Parmi ses clients figure Noufou Guissou, producteur agricole. Longtemps utilisateur d’égreneuses importées de Chine, il décide cette année de faire confiance à l’expertise locale, sur recommandation. Le verdict est sans appel.
« C’est correct. Ce qui est intéressant, c’est que la ferraille est de qualité. Ça n’a rien à voir avec ce qui vient de la Chine. L’appareil que j’ai pris là-bas, je suis venu faire souder plus de trois fois. La ferraille est trop faible », témoigne-t-il.

Former, employer, mais aussi faire face aux obstacles

Aujourd’hui, Socomet Nikiéma et Frères emploie 15 personnes et continue de former des jeunes désireux d’apprendre le métier. Une contribution importante à l’emploi local et au transfert de compétences. Mais le chemin reste semé d’embûches.

Le principal défi de l’entreprise demeure le coût élevé des équipements de travail et l’accès difficile au financement, notamment pour répondre aux appels d’offres.
« Tu peux avoir un marché, mais on te demande une garantie. Tu pars en banque et la banque te dit que pour un préfinancement, il faut une garantie équivalente au marché », déplore Wahab.

Ecouter le reportage : Un jeune inventeur de machines agricoles veut révolutionner l’agriculteur

Il poursuit en faisant un plaidoyer. « Si on pouvait avoir un coin de l’État où on peut aller prendre des outils de fabrication pour travailler et rembourser, ça nous aiderait beaucoup », propose le jeune entrepreneur.

À Socomet Nikiéma et Frères, une égreneuse est vendue entre 1,5 et 2 millions de FCFA. Les machines sont conçues avec des outils fabriqués au Burkina Faso, à l’exception des moteurs, qui restent importés.

Malgré les difficultés, Abdoul Wahab Nikiéma reste résolument tourné vers l’avenir. Son ambition est de s’imposer davantage sur le marché national et de faire rayonner le savoir-faire burkinabè à l’international dans les années à venir.

Studio Yafa