Au quartier Tanghin, à Ouagadougou, un jeune Burkinabè animé par la passion du bricolage donne une seconde vie à des matériaux de récupération en les transformant en machines utilitaires. Autodidacte et inventif, il s’est spécialisé dans la fabrication de machines agricoles et agroalimentaires. Porté par un esprit créatif, il nourrit de nombreux projets, dont celui de concevoir des outils capables de faciliter le quotidien des Burkinabè.
Tanghin. En bordure du goudron, l’atelier de Fayçal Kusiator ne peut passer inaperçu quand on n’y porte pas attention. Mais, derrière la grille se trouve tout un tas de créations. En cette journée, le jeune homme, âgé d’une vingtaine d’années, est venu spécialement pour nous parler de son activité. « Hier, on a travaillé jusqu’à 3h du matin », explique-t-il, avant d’ouvrir les portes de son espace de travail. Là, plusieurs machines prêtes à l’emploi sont entassées, parmi lesquelles des séchoirs et des machines à tisser.
A l’intérieur, le regard est aussitôt attiré par un impressionnant amas de ferrailles. On y retrouve entassés les uns sur les autres des engrenages, des pièces de voitures hors d’usage, des blocs moteurs, des objets de récupération. Fayçal doit se frayer un chemin entre ces matériaux pour récupérer des chaises métalliques.
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Fayçal est passionné par l’innovation technologique. Très curieux, c’est depuis l’enfance qu’est né son esprit créatif. A l’école primaire, il construisait déjà des voitures qui servaient de jouer. En classe de CM2, le jeune homme tente même de construire un drone sans succès. Pendant les vacances scolaires, Fayçal se souvient qu’il passait la plupart de son temps à bricoler. Il pense même abandonner l’école. Son père s’y oppose et l’encourage à poursuivre ses études.

Pourtant, il n’a jamais suivi de formation technique. Tout ce qu’il sait, il l’a appris dans l’atelier construit par son père. « Quand j’ai abandonné l’école, je me suis mis au travail immédiatement. Je n’ai suivi de formation en tant que telle. Quand l’idée de créer quelque chose me prend, je me lance et je commence petit à petit », explique-t-il avec passion. Au départ, il se lance dans la fabrication de rallonges électriques en bois. Mais sa première création est plutôt des copies de machines à tisser.
Une passionné depuis l’école primaire
Depuis la classe de seconde, il a déjà conçu plusieurs catégories de machines. Il s’agit des réfrigérateurs rapides pour boissons et la fabrication de la glace capables de produire de la glace en trois heures, des éoliennes, des machines à capsuler. A cela s’ajoutent de nombreux équipements pour l’agroalimentaire, comme les fours de boulangerie, les machines pour pétrir, couper le pain ou les gâteaux.
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Mais l’invention phare de l’atelier reste la machine à tisser. Elle a connu plusieurs innovations de la première à la cinquième génération. Aujourd’hui, une sixième version est en préparation. L’objectif est d’encore améliorer ces machines. « C’est une machine très compliquée. Il y a beaucoup de pièces à coordonner. Si tu manques de courage, tu abandonnes. Moi-même quand ça bloque, je me repose et je reprends plus tard », poursuit Fayçal.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, une grande partie des clients de Fayçal viennent de l’extérieur du Burkina Faso, notamment de la Côte d’Ivoire, du Togo et parfois même d’Italie. Au niveau local, la confiance envers les produits fabriqués sur place a longtemps été un frein. « Avant, quand on disait que ces machines sont fabriquées ici, les gens doutaient. Mais ça change un peu maintenant », reconnaît-il. Aujourd’hui, les machines agroalimentaires et les machines à tisser sont les plus demandées. Elles coûtent moins cher que les équipements importés.
De la création avec du matériau de récupération
Pour réaliser ses machines, Fayçal utilise beaucoup de matériaux de récupération. Il s’agit d’engrenages, de blocs moteurs, de pièces de voitures hors d’usage. Pour lui, cette pratique a aussi un avantage environnemental. Cependant, Fayçal et ses collaborateurs, dont son père, font face à plusieurs difficultés. Tout est fabriqué à la main. Le temps de production est long, ce qui augmente les coûts et empêche la production en grande quantité. Les machines sont donc réalisées uniquement sur commande. Fayçal ne se limite pas à ses réalisations actuelles. Il travaille déjà sur des projets de fabrication de briques automatisées, des machines de production d’électricité, ainsi que sur des drones et des robots.

Depuis trois mois, Harold Kabré a rejoint l’équipe. En peu de temps, il estime avoir beaucoup appris. « Quand on est deux, le travail avance mieux. En équipe, on a plus de chances de réussir », affirme-t-il. Aux côtés de Fayçal, il dit avoir appris à accepter les erreurs et à supporter les critiques. « J’étais dans la création, mais je n’étais pas sûr de moi. Ici, j’ai gagné en confiance », ajoute-t-il.
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Pour les parents de Fayçal, la réussite de leur fils est une fierté, même s’ils auraient préféré qu’il poursuive ses études. « Il y a des gens qui viennent se former ici et qui parlent anglais, alors que lui ne parle pas la langue », regrette sa mère Zalissa.
Fayçal pense que seul le travail d’équipe paye. Son plus grand rêve n’est pas seulement de créer des machines, mais de voir un cadre de création où chercheurs, techniciens et inventeurs pourraient travailler ensemble.
Boukari Ouédraogo
