Fermeture des mines : Quand les femmes portent le poids du choc social
Wend-Kouni, 26 ans, du village de Rouko, au Burkina Faso, cherche de l'or dans une mine à ciel ouvert. Ph: DR

Fermeture des mines : Quand les femmes portent le poids du choc social

Longtemps perçu comme un secteur exclusivement masculin, le domaine minier burkinabè s’est progressivement féminisé. Mais lorsque l’exploitation s’arrête, les impacts sociaux et économiques ne se répartissent pas équitablement. Selon les spécialistes, la fermeture des mines affecte davantage les femmes. Par contre, elles ont un rôle central dans les processus de réhabilitation et de résilience des communautés.

L’édition 2025 de la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest s’est intéressée aux défis de la réhabilitation et de la fermeture des mines en Afrique. Avec un accent particulier sur l’avenir des communautés locales. À cette occasion, des expertes du secteur minier ont pris la parole pour mettre en lumière les impacts spécifiques subis par les femmes lorsque les machines cessent de vrombir sur les sites miniers.

Première femme métallurgiste du Burkina Faso, Maimouna Guembré cumule plus de 30 ans d’expérience dans les opérations minières. Aujourd’hui spécialisée dans la fermeture et la réhabilitation des mines, elle souligne que l’arrêt des activités minières constitue un choc social majeur. Particulièrement pour les femmes. « Dans le contexte social africain en général et burkinabè en particulier, les femmes sont plus affectées que les hommes par les impacts socio-économiques de la fermeture des mines », tranche-t-elle dans ce panel, devant un parterre de participants.

Ecouter notre reportage sur : Le secteur minier face aux canons des groupes armés

La fermeture d’une mine entraîne très souvent la perte de moyens de subsistance pour de nombreuses femmes, notamment celles qui évoluent dans les secteurs connexes. Il s’agit entre autres de restauration, du commerce, d’approvisionnement ou des services. À cela s’ajoute une charge familiale accrue lorsque les hommes, employés de la mine, se retrouvent au chômage. Les femmes deviennent alors des piliers économiques du foyer. Ce, dans un contexte marqué par la précarité.

Maimouna Guembré a plaidé pour l’implication réelle des femmes dans les processus de fermeture et de réhabilitation des mines, Ph: DR

Ces réalités, bien que largement vécues dans les zones minières, restent peu visibles dans les politiques de fermeture et de reconversion, regrette Maimouna Guembré.

Les femmes, une expertise encore sous-valorisée

Vice-présidente de l’Association des Femmes Minières du Burkina (AFEMIB), créée en 2000 pour lutter contre l’exclusion des femmes dans la chaîne de valeur de l’or, Maimouna insiste sur le rôle stratégique des femmes professionnelles dans la fermeture et la réhabilitation des sites miniers. Elles sont juristes, environnementalistes, sociologues ou ingénieures et elles participent à l’élaboration des plans de fermeture, à l’intégration des enjeux sociaux et environnementaux, ainsi qu’au suivi des impacts post-fermeture.

« Même si leur implication n’est pas toujours visible, elle est indéniable », explique-t-elle. Ces femmes jouent également un rôle d’interface entre les entreprises minières et les communautés riveraines. Pour veiller à la prise en compte des préoccupations locales, notamment celles des femmes.

Lire aussi : « Le secteur minier emploie actuellement beaucoup de femmes », Séraphine Zoma, ORCADE

Devant les experts nationaux et internationaux du secteur minier, investisseurs, chercheurs et représentants des administrations minières, la vice-présidente de l’Association des Femmes Minières du Burkina a reconnu qu’au-delà des professionnelles, les femmes issues des communautés locales occupent une place essentielle dans la phase post-fermeture. En tant que gestionnaires du foyer, agricultrices, commerçantes ou actrices de l’économie informelle, elles contribuent à la diversification des moyens de subsistance et à la transition économique après la mine.

« La femme communautaire joue un rôle de résilience post-fermeture », soutient Maimouna Guembré. Elle participe à la satisfaction des besoins essentiels, favorise la cohésion sociale et atténue les tensions liées à la perte des revenus miniers. Gardiennes des équilibres sociaux, ces femmes sont souvent en première ligne pour maintenir la stabilité des communautés affectées.

Une contribution essentielle mais peu reconnue

Séraphine Zoma est chargée de projet à l’Organisation pour le Renforcement des Capacités de Développement (ORCADE). Bien qu’elle ne fasse pas partie du panel, elle avait néanmoins son mot à dire. Nous l’avons rencontrée après la SAMAO pour mieux comprendre le rôle que peuvent jouer les femmes dans la fermeture des mines.

Selon elle, les femmes sont fortement impliquées dans les activités menées avant et après la fermeture des sites miniers. Elle cite entre autres le tri des résidus, la récupération de matériaux, la sensibilisation communautaire ou encore le maintien de la sécurité.

Séraphine Zoma a co-animé le panel, Ph : Mousso News

De ce fait, leurs contributions sont multiples, mais restent largement méconnues et peu valorisées dans les politiques minières. Les femmes rurales, rappelle-t-elle, assument également des responsabilités clés dans la gestion de l’eau, des ressources forestières et de l’alimentation du foyer. Des dimensions essentielles dans les contextes post-miniers.

Vers une gouvernance minière plus inclusive

Face à ces enjeux, certaines entreprises minières développent des actions de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) en faveur des femmes des communautés riveraines. Toutefois, pour Maimouna Guembré, la durabilité de ces actions dépend de l’implication réelle des femmes dans les processus de fermeture et de réhabilitation.

Séraphine Zoma elle, plaide pour une gouvernance minière plus inclusive, à travers des formations adaptées aux femmes, leur intégration systématique dans les plans de fermeture, le soutien aux coopératives féminines et la valorisation de leur savoir écologique local.

Mousso News / Studio Yafa