Au Burkina Faso, le paiement mobile s’impose face au manque de monnaie
Femme effectuant un paiement mobile. Photo d'illustration freepik.

Au Burkina Faso, le paiement mobile s’impose face au manque de monnaie

Le paiement mobile gagne du terrain au Burkina Faso. Aujourd’hui, de nombreux Burkinabè y ont recours, que ce soit pour pallier le manque de monnaie ou simplement pour plus de commodité. Une révolution numérique qui soulage de nombreux acteurs du monde du commerce.

Au lycée de la jeunesse, dans le quartier Dassasgho à Ouagadougou, Dieudonné Koudougou vient récupérer sa moto garée au parking de l’établissement. Le géographe topographe est un habitué de paiement mobile. Pour donner un exemple, il propose au parqueur de payer via mobile money. Ce dernier accepte sans hésiter. Le parqueur sort alors une carte semblable à un badge. Dieudonné n’a juste qu’à scanner le code.

Le paiement est fait en quelques instants. En effet, le parqueur explique avoir mis en place ce système qui facilite le paiement tout en résolvant les problèmes liés à la monnaie avec la clientèle. Il travaille beaucoup avec la petite monnaie et a décidé de prendre en compte ce dispositif pour se faciliter la tâche.

Pour Dieudonné, le paiement mobile simplifie désormais ses transactions, notamment pour les achats et les questions de monnaie. « Je suis allé quelque part un jour, j’avais cinq cents francs. Dans un parking pareil. Il n’avait pas la monnaie, il m’a demandé de payer par Orange Money. S’il devait aller ailleurs faire la monnaie, cela n’allait pas être simple », raconte-t-il. Cette méthode lui permet donc de gagner du temps.

« Maintenant, mes clients me payent par téléphone »

Pour Idrissa Yanogo, le paiement mobile simplifie la relation avec la clientèle. Photo: Studio Yafa.

Non loin de là, Paul Kaboré, cordonnier au marché de Dassasgho, a également adopté le paiement mobile. Il l’utilise depuis plusieurs années. Sur un pan de son mur, des codes de paiement en chiffres écrits. Un badge d’un autre réseau de téléphonie mobile balance au-dessus de sa tête.

Lui également s’est équipé de codes de paiement marchand. Dans le passé, il se souvient qu’il pouvait se promener de boutique en boutique pour chercher de la monnaie. Mais désormais, ce problème est résolu pour lui. « Maintenant, mes clients me payent par téléphone. Le soir, quand je finis de travailler, je continue dans une agence pour récupérer mon argent. C’est plus garanti », explique-t-il.

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Aujourd’hui, grâce à sa carte qui ne nécessite aucun frais de retrait, tout est plus simple. « Ça facilite la tâche. Quand quelqu’un vient cirer les chaussures à 100 francs CFA, je le fais payer par mobile money de sorte que je n’ai plus besoin de me promener pour chercher la monnaie », précise-t-il. Paul Kaboré possède désormais des numéros marchands sur les trois réseaux de téléphonie mobile du Burkina Faso, afin que personne ne soit laissé pour compte. Si dans le passé, il devait faire payer les frais de retrait, certaines téléphonies mobiles ont mis en place des systèmes de paiement qui permettent au client de payer sans frais.

Installé au marché de Zogona, Idrissa Yanogo a aussi adopté le paiement mobile. La difficulté se trouve souvent chez la clientèle, peu habituée à utiliser ce mode, selon Idrissa Yanogo, vendeur de téléphones et de gadgets. « C’est souvent ceux qui viennent du village qui n’ont pas l’habitude, qui ont des difficultés. Mais nous les aidons à composer. Et comme seul le client connaît son code, on lui montre la procédure et il valide avec son mot de passe », explique-t-il. En plus, cette manière de faire laisse des traces selon lui.

Un moyen sûr

C’est pareil pour Issouf Camara, gérant de la poissonnerie « Le Petit pont » au quartier Zogona. Pour lui, la question de la monnaie est un problème fréquent pour les commerçants du fait des fréquents échanges. « Imaginez qu’un client fasse un achat de 19 000 ou 9 750 francs CFA, pour ces petites questions de monnaie, quand on utilise les plateformes mobiles, c’est facile », assure-t-il. Il prend le soin d’afficher dans sa poissonnerie les différents moyens de paiement mobile. Pour lui, il faut faire en sorte que chaque client puisse trouver son compte.

Issouf Camara, gérant d’une poissonnerie a adopté le paiement mobile pour résoudre les problèmes de monnaie. Photo: Studio Yafa.

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Le paiement mobile permet aussi de contourner d’autres difficultés. Abdoul Karim Maïga, dit Karim Tabtenga a adopté le paiement mobile suite à une mésaventure. Ce gérant d’un pressing à Zogona qui, par manque de temps, a envoyé une personne qui a détourné l’argent.  Depuis lors, il a adopté le paiement mobile avec une carte marchande qui lui sauve la vie. « Il y a quelques jours, il m’a même payé 40 000 francs CFA. Personne n’est au courant », raconte-t-il.

Le seul incident qu’il a rencontré concerne son numéro de téléphone qui n’a pas fonctionné pendant quelques jours. Mais très rapidement, il a pu résoudre ce problème. « Je suis allé à l’agence, ils m’ont fait comprendre que la puce était très ancienne », précise-t-il. Depuis, aucun problème. En plus de faciliter ces paiements, le mobile money évite aux clients de circuler avec le cash. Mais tous reconnaissent que l’adoption de ce mode de paiement traîne encore avec certains clients parfois hésitants et qui préfèrent avoir leur argent en main.

Boukari Ouédraogo