Mawndoé, c’est une voix mélancolique qui parle d’espoir, de transmission et d’avenir. Nous sommes à Bakara, à une trentaine de kilomètres de N’Djamena, au cœur de son centre culturel « Au nom de l’art ». Après près de 20 ans au Burkina Faso, notamment au sein du groupe Yeelen, l’un des plus grands groupes de rap au Burkina, il est retourné dans son pays où il fait de la création un levier de développement pour la jeunesse. A l’occasion d’une mission de coproduction au pays du Toumaï, une équipe de Studio Yafa a rencontré l’artiste.
Les yeux fermés, guitare serrée contre lui, Célestin Mawndoé laisse échapper des notes accompagnées d’une voix à la fois grave et lumineuse. Ce jour-là, il n’est pas en prestation. Un temps de répit qu’il s’offre dans son centre culturel à Bakara, à une trentaine de kilomètres de la capitale tchadienne.

Installé au Tchad depuis 2021, Célestin Mawndoé n’est pas un inconnu de la scène artistique ouest-africaine. Auteur, compositeur, chanteur, sculpteur et ancien membre du groupe Yeleen, il a passé près de vingt ans au Burkina Faso. D’ailleurs un pays qu’il considère aujourd’hui comme sa patrie de cœur. C’est d’ailleurs fort de cette expérience qu’il a décidé de rentrer au Tchad, avec une idée claire. Mettre l’art au service des jeunes. « Moi, je suis purement un produit burkinabè », confie-t-il sans détour, avec fierté. « Même cet espace est inspiré de l’espace Olorun au Burkina Faso. Tout le modèle est burkinabè », ajoute-t-il.
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Dans ce centre, les disciplines se croisent. Sculpture, poterie, peinture, musique. L’objectif n’est pas seulement d’apprendre un métier, mais de créer, d’expérimenter. « C’est d’abord former des jeunes, contribuer à leur épanouissement, explique Mawndoé. On est dans la création pure, dans le plaisir d’inventer. Et ensuite, voir comment créer un marché autour de l’art ».

Un pari audacieux, mais déjà porteur de résultats. Selon Banda Samanda, directeur général du centre Au nom de l’art, plus d’une centaine de jeunes ont déjà été formés, notamment grâce à des partenariats avec l’UNICEF. Parmi eux, des orphelins et des jeunes en situation de vulnérabilité sociale.
« Ce sont des jeunes qui n’avaient parfois nulle part où aller. Il fallait les occuper, leur donner un cadre, raconte-t-il. Aujourd’hui, certains sont devenus des cadres. Ils gagnent leur vie, s’habillent, mangent sur place. Leur dignité est restaurée », explique le directeur général du centre.
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Au-delà de la formation, le centre est aussi un lieu d’ouverture sur le monde. Reconnaissant envers le Burkina Faso, pays où il a pris son envol artistique, Célestin Mawndoé rend régulièrement hommage à ce « deuxième pays ». Un attachement qui suscite la curiosité, voire l’envie, chez certains jeunes tchadiens.
Volontaire au centre, Élise Dinkt ne cache pas son enthousiasme. « Si un jour on me propose d’aller découvrir le Burkina Faso, je serai la première à sauter. J’aimerais voir ses potentiels, sa culture. J’en serais très heureuse », dit-elle, enthousiaste.
Convaincu que le Tchad et le Burkina Faso partagent une même identité culturelle, Mawndoé a institué le Festival au cœur de l’art, un rendez-vous annuel où le Burkina Faso est invité d’honneur permanent. Une façon de rapprocher les peuples par la culture, l’échange et l’expérience artistique.
Et l’engagement de l’artiste ne s’arrête pas là. Entre sa carrière musicale en solo et la Maison de l’argile, un atelier dédié à la poterie, Célestin Mawndoé continue de tracer un chemin fidèle à sa vision. Faire de l’art non seulement une expression, mais une solution.
Studio Yafa
