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A Ouagadougou, la galerie de Elie façonne le panier de la mariée
Dans son atelier à Ouagadougou, Elie conçoit tabourets, mortiers, calebasses et louches que l’on retrouve dans le panier de la mariée. Sculptés et décorés avec soin, ses objets sont devenus, en près de vingt ans, une référence pour les futures épouses. Aujourd’hui, avec une quinzaine d’employés, il peine même à satisfaire une demande venue de tout le Burkina.
Le bruit strident de la scie métallique se mêle à celui des marteaux plantant des clous dans la planche. Une dizaine de personnes à l’ouvrage. Elles portent toutes des bavettes pour se protéger de la poudre de bois. Pendant que certains sont en plein assemblage des tabourets, d’autres, à l’aide de pyrograveurs, dessinent sur les planches. Des fleurs prennent forme progressivement, des écrits comme « heureux ménage» « félicitations aux couples », « santé, soutien, pardon » se laissent lire sur les tabourets, les mortiers et bien d’autres instruments ou ustensiles.
Ambiance Studieuse dans la galerie Bénéwendé, Ph : Studio Yafa
Ce soir-là, Elie supervise le travail de ses employés. Il ne parle pas beaucoup, comme si chacun savait déjà ce qu’il avait à faire et s’y employait pour rendre un bon résultat. Pendant que l’atelier est en pleine activité comme dans une fourmilière, tout à côté, des femmes et des hommes attendent en faisant la causette assis sur des pneus usés, juchés sur leurs motos ou simplement arrêtés.
Nous sommes à la galerie Bénéwendé, située au quartier zone 1 de Ouagadougou, à un jet de pierre du marché. Depuis les années 2008, cette adresse propose ce qui entre dans la composition du panier de la mariée. Des tableaux, des mortiers, des louches, des tabourets…Pourtant à ses débuts, Elie Ouédraogo était dans la fabrication des djembés, des koras et autres instruments de musique traditionnels. En ce moment, sa clientèle était surtout des étrangers qui achetaient ses produits pour les revendre à l’extérieur. « Il faut faire le travail qui peut être consommé entre nous ici, plutôt que de faire des objets déposés en espérant que les étrangers viennent acheter. C’est la demande de la clientèle qui fait le travail. Ce qu’on fait est bien consommé ici »
Une commande qui change tout
Tout commence en 2007 quand une dame se présente à lui et manifeste son besoin de tabourets décorés qu’elle-même avait reçus comme cadeau de mariage en Côte d’Ivoire. « Elle préparait le mariage de sa fille ici et trouvait que cela serait contraignant de commander ce type de tabourets depuis la Côte d’Ivoire. Je lui ai dit que je ne faisais pas ce type de chose mais que si elle envoyait le tabouret en question, je pourrais voir si c’est possible ». Inspiré après la vue du modèle, Elie reproduit les tabourets, en ajoutant sa touche d’artiste.
Une vue des produits de la galerie de Elie Ouédraogo, Ph : Studio Yafa
Le résultat est bluffant et séduit non seulement sa cliente, mais aussi les riverains de passage qui voulaient même acheter. Il flaire la bonne affaire. « Je suis allé acheter mes propres planches, je suis venu confectionner et j’ai proposé aux clients, ça n’a même pas suffi. C’est parti ainsi. Je me suis rendu compte que ce produit est plus demandé par rapport à ce qu’on faisait avant. Finalement, on s’est installé dans ce nouveau business », poursuit-il, le regard lointain et plein de souvenirs.
Aujourd’hui, la galerie Bénéwendé a bien grandi. Elle sort quotidiennement 100 à 200 tabourets par jour. Sans compter les autres instruments et objets. « Le marché se porte très bien. On croule sous les commandes. On peine à satisfaire la demande surtout en fin d’année et à la veille du carême musulman, c’est en ces moments qu’il y a beaucoup de mariages », explique-t-il, avec un sourire de satisfaction en coin.
Un marché en pleine expansion
Depuis une dizaine d’années, Azara Lompo vend les créations de Elie très loin de Ouaga. Précisément dans la Kompienga, dans la région de l’Est. À cause de la crise sécuritaire, le business a pris un coup. Profitant d’une rare occasion, elle a pu venir à Ouaga et est venue présenter ses civilités à Elie.
« Souvent même je viens sans argent et il me donne la marchandise à vendre. Avec la situation sécuritaire, venir à Ouaga était devenu compliqué. Ce n’est qu’hier que j’ai eu l’occasion de venir. Les clients appréciaient vraiment. Il y a plusieurs personnes qui font cette activité à Ouaga, mais lui a une touche particulière », se réjouit la vieille dame.
Yacouba Zoungrana est venu de Ouahigouya pour constituer un panier de mariée, Ph : Studio Yafa
Pendant que les employés de Elie finalisent les commandes, Yacouba Zoungrana et une jeune dame attendent, l’air impatient. Ils sont venus spécialement de Ziniaré pour passer commande, en prélude à un mariage. « C’est le bouche-à-oreille qui nous a conduit ici parce que la qualité du travail est irréprochable », apprécie le jeune client qui espère repartir avec son lot de calebasses et de tabourets.
Un héritage familial à perpétuer
Selon Elie, les arts plastiques sont un héritage familial. Depuis tout petit, il a baigné dans cet environnement même si aujourd’hui il ne fait plus exactement la même chose. Alors à son tour, il tend la perche à d’autres jeunes. Parmi ses 12 employés, Placide Wendemi Bancé, étudiant en année de licence en sciences économiques et de gestion. Avec son pyrograveur, il donne vie à une planche.
Mlle Bancé dit aimer le travail de sculpture, Ph : Studio Yafa
Sans traces de crayon, comme il avait mémorisé le schéma. Sa dextérité est un signe qu’il n’est pas un débutant. Effectivement. « C’est mon oncle, je travaille avec lui depuis le bas âge. C’est ainsi qu’on a toujours aidé nos parents à payer notre scolarité. Dès que j’ai un temps libre, je viens à l’atelier. C’est important pour moi. C’est une formation en plus, pouvoir faire quelque chose de ses dix doigts, c’est un plus », explique l’étudiant artiste.
Faby Bancé travaille dans cet atelier depuis 10 ans. Pour cette jeune dame, ce travail n’est pas seulement réservé aux hommes. Après avoir travaillé dans un garage, elle pense avoir trouvé sa voie dans la galerie de Elie.
La crise sécuritaire, principal frein
Elie Ouédraogo rappelle que son activité est encadrée. Sa principale matière étant le bois, il faut des autorisations dont il s’acquitte, précise-t-il. « Nous avons des papiers que nous prenons chez les services des Eaux et forêts. Il y a des conditions à remplir pour avoir et utiliser le matériel. Il faut être à jour ». Sa principale difficulté est la situation sécuritaire. « Avant nous avions des clients un peu partout au Burkina. Certains ne peuvent pas venir à Ouaga », regrette l’artiste.
L’étudiant en pleine activité, Ph : Studio Yafa
Dans de nombreux mariages célébrés à Ouagadougou ou dans d’autres villes du pays, il y a peut-être un tabouret ou une calebasse sorti de la galerie Bénéwendé. Derrière chaque pièce, Elie et son équipe façonnent, sculptent les débuts d’une vie à deux.
Tiga Cheick Sawadogo, Caroline Yélémou, Nafissatou Lido( Stagiaire )
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