Coiffure et confiance : Ces relations qui durent toute une vie chez le barbier

Coiffure et confiance : Ces relations qui durent toute une vie chez le barbier

10- 20- 30 ans à se coiffer chez le même coiffeur. Qualité du travail, propreté du cadre, ambiance conviviale ou simple habitude…Autant de raisons qui nourrissent cette fidélité. Pour certains, même en voyage, il est hors de question de confier leurs cheveux à un autre.

Amen, jeune coiffeur de nationalité togolaise, désinfecte son matériel de coiffeur. Il s’apprête à coiffer un client qui vient d’arriver. Confortablement installé dans une chaise en face d’un grand miroir, Ousmane Koanda attend le début de la séance. Depuis 15 ans, Ousmane se coiffe ici. Même quand il est en mission, il attend son retour pour passer chez son fidèle coiffeur.

« Je le taquine souvent en lui demandant s’il ne m’a pas ensorcelé, parce que depuis la première fois que je me suis coiffé chez lui, je n’ai plus envie de le faire ailleurs, même quand je suis en déplacement », raconte le client, pendant que Amen fait passer la machine sur sa tête. Sa fidélité à Amen est liée à un aspect particulier. Ousmane n’aime pas que plusieurs personnes le coiffent, même dans le même salon de coiffure.

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« Il prend son temps pour bien faire, même quand d’autres clients attendent impatiemment et qu’il y a une certaine pression. En plus, je n’aime pas que plusieurs personnes me coiffent, alors que dans la plupart des salons de coiffure, il y a plusieurs postes. Dans le même salon, je peux me coiffer aujourd’hui par tel jeune, prochainement, c’est un autre qui va me coiffer. Je n’aime pas ça. Amen est seul ici et pour cela, depuis plus de 15 ans, c’est lui qui a le monopole de mes cheveux », ajoute Ousmane, arrachant un sourire à Amen.

Pour lui, venu au Burkina pour se frayer un passage dans le domaine de la coiffure, c’est un bon point à prendre. Certains étaient étudiants quand ils ont commencé à se coiffer chez lui. Aujourd’hui cadres, ils continuent à fréquenter le salon de Amen. « Vraiment certains clients sont devenus comme des membres de ma famille. C’est chez moi seulement il se coiffe. Par exemple les jours de fête, je n’arrive même pas à aller chez tout le monde. Les gens m’appellent et certains ne sont même pas contents quand je n’arrive pas à partir », témoigne Amen, avec enthousiasme.

Boureima Rabo, lui, est fidèle à son coiffeur depuis plus de 30 ans. A Karpala, un quartier de Ouaga, il est fréquent dans l’atelier de coiffure de Noël Bazié. « Je suis arrivé dans ce quartier le trouver. Il respecte les gens, il connait son travail, et il s’améliore. Il est calme et moi j’aime ça. Même le cadre est enchanteur, c’est propre. Dès que j’arrive, pas besoin que je lui dise quoi que ce soit. Il sait déjà comment me coiffer et je serai satisfait », note le vieil homme.

Propreté, ambiance, des arguments qui convainquent

3 à 4 fois par mois, Issa Dembélé vient dans l’atelier de Noël, comme lui-même le dit, pour se rendre jeune. « C’est le cadre qui m’a attiré. Est-ce vous voyez la poussière sur le mur ? Dans certains ateliers de coiffure, il y a la poussière déposée par-ci, par-là. Ici, même le comptoir est bien nettoyé. Les vitres sont bien nettoyées. Vous ne sentez pas la poussière sur le mur. Même quand quelqu’un vient de se coiffer et que vous rentrez, vous ne savez même pas », apprécie Issa Dembélé.

Il ajoute que la première fois qu’il s’est coiffé chez Noël, en rentrant, sa femme a beaucoup apprécié et fait la remarque qu’il était devenu plus jeune. Un commentaire de plus qui l’a convaincu de rester fidèle à Noël. Des retours positifs qui, bien entendu, réjouissent Noël Bazié, qui se fait appeler le chef, comme pour exprimer sa maitrise de la coiffure. Selon ses estimations, entre 200 et 300 personnes se coiffent régulièrement dans son atelier. Et mieux, il est régulièrement invité par certaines personnes nanties ou qui ne peuvent pas se déplacer à venir les coiffer chez elles.

Au-delà des tondeuses, c’est une histoire de confiance qui se joue. Et tant que cette confiance tient, certains clients préfèrent laisser pousser leurs cheveux plutôt que de les confier à un autre.

Tiga Cheick Sawadogo

Samira Guiré