Grossesses précoces : Une alerte pour le système éducatif à Titao

Grossesses précoces : Une alerte pour le système éducatif à Titao

A Titao, dans la province du Loroum, les grossesses en milieu scolaire se multiplient et inquiètent enseignants, parents et autorités éducatives. Coincées entre les tabous, la précarité et le manque de dialogue, des jeunes filles voient leur avenir scolaire menacé, même si certaines refusent d’abandonner.

Au lycée municipal de Titao, la récréation bat son plein. Adossée à un arbre, Kadidiatou Ouédraogo (nom d’emprunt) observe ses camarades. Élève en classe de 1re, elle est aussi mère d’un enfant d’un an. Une situation qui l’a profondément marquée. « Mes parents m’ont mise à la porte parce que pour eux, c’est un tabou de tomber enceinte hors mariage. À l’école, les regards des autres m’ont donné envie d’abandonner », confie-t-elle.

Rejetée par sa famille et stigmatisée à l’école, Kadidiatou a pourtant choisi de continuer. Grâce au soutien de certains enseignants et proches, elle a trouvé la force de persévérer. « Pour effacer la honte, je devais me forcer et donner le meilleur de moi-même pour réussir », explique la jeune mère.

Un phénomène récurrent et inquiétant

Kadidiatou n’est pas un cas isolé. À Titao, les cas de grossesses en milieu scolaire sont de plus en plus fréquents, même si aucun chiffre officiel n’est encore disponible. Cette récurrence alarme le monde éducatif. Dans son bureau, le censeur du lycée provincial du Loroum, Yacouba Niampa, alerte sur les conséquences.

« La grossesse impacte négativement le cursus scolaire. Le suivi des cours devient difficile à cause des problèmes de santé », souligne-t-il, tout en ajoutant qu’ « avec un soutien psychologique, la jeune fille peut encore faire de grandes choses».

Face à la situation, les parents d’élèves expriment aussi leur inquiétude. Harouna Boina, parent d’élève, réclame des mesures plus fermes à l’endroit des auteurs de grossesses. « Toute personne qui met enceinte une élève doit assumer la grossesse et l’enfant », affirme-t-il. Pour lui, l’État doit aussi soutenir ces filles pour qu’elles puissent poursuivre leurs études.

Tabous, pauvreté et réseaux sociaux en cause

Selon la directrice provinciale de l’enseignement secondaire du Loroum, Oumou Koulsoum Drabo, plusieurs facteurs expliquent cette situation. Elle pointe du doigt le tabou dans les familles. « Certains parents considèrent même que c’est un sacrilège d’en parler aux enfants », indique-t-elle.

À cela s’ajoutent la précarité et l’influence des réseaux sociaux. « Pour certaines élèves, avoir des rapports sexuels est un moyen d’avoir de l’argent. La mauvaise utilisation des réseaux sociaux aggrave aussi le phénomène », précise la directrice provinciale.

Les impacts de ces grossesses vont bien au-delà de l’école. « La principale conséquence, c’est le décrochage scolaire », explique Oumou Koulsoum Drabo qui note qu’« Il y a aussi des cas de maladies, voire de décès liés aux avortements non médicalisés, avec des risques de stérilité. »

Sensibiliser et accompagner pour inverser la tendance

Pour faire face, les autorités éducatives misent sur la sensibilisation et l’implication de tous les acteurs.

« On ne peut pas lutter contre ce fléau sans la conjugaison des efforts des élèves, des parents et de toute la communauté », insiste la directrice provinciale. Parmi les solutions envisagées figure la création de centres d’écoute pour jeunes, en collaboration avec la municipalité, afin d’offrir des espaces d’échange et d’accompagnement adaptés.

En attendant que ces mesures portent leurs fruits, Kadidiatou poursuit son chemin entre les charges d’une mères et les études. Marquée par son expérience, elle affirme aujourd’hui faire le choix de l’abstinence, convaincue qu’à Titao, rester à l’école est déjà un combat pour l’avenir.

Studio Yafa