Dans de nombreuses sociétés africaines, le mariage reste perçu comme un passage obligé, une étape incontournable de la vie adulte. Pourtant, cette vision est aujourd’hui de plus en plus remise en question par une partie de la jeunesse. Pour certains jeunes, le mariage n’est plus une évidence. Entre pression sociale, réalités économiques et aspirations personnelles, les perceptions divergent.
Sous un soleil ardent, la sueur perle sur le front de Ismaël Rabo. Dans son petit garage, le jeune homme de 20 ans s’affaire à coller une roue d’automobile. Malgré son jeune âge et des moyens financiers encore limités, Ismaël affiche une position ferme sur le mariage. Pour lui, il n’est pas question de retarder cette étape de la vie.
« Selon moi, à 22 ans, c’est forcé à moi de me marier, même si je n’ai pas le bonheur. C’est forcé à moi de me marier. Bon, c’est ma décision », tranche-t-il.
Une déclaration qui illustre le poids des normes sociales encore très présentes. Dans certains milieux, se marier tôt reste une marque de maturité et de responsabilité, notamment pour les hommes. Retarder le mariage peut être perçu comme un échec ou un refus des valeurs traditionnelles.
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À l’opposé de cette vision, sur les bancs du campus de l’Université Joseph Ki-Zerbo, l’ambiance est plus posée. Cahier à la main, Mireille Nitiéma, étudiante de 20 ans, préfère prendre du recul. Pour elle, le mariage ne doit pas être une décision précipitée.
« Il y a le bonheur, il y a des difficultés également. Tu te réveilles souvent, tu n’as même pas envie de parler avec quelqu’un. Donc, le mariage, c’est pareil », explique-t-elle.
Mireille estime qu’il est essentiel de mûrir la réflexion avant de s’engager. Études, projets personnels et quête de stabilité pèsent dans la balance. Une posture qui reflète l’évolution des mentalités, notamment chez les jeunes femmes, de plus en plus nombreuses à vouloir s’accomplir individuellement avant de penser au mariage.
Au-delà du moment idéal pour se marier, le choix du ou de la partenaire soulève également de nombreux débats. Pour certains jeunes, les critères sont très précis. Étudiant, Ouzaïrou Soré assume pleinement ses préférences.
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« De manière personnelle, la femme avec laquelle l’on doit se marier, elle doit être physiquement attirante. Et moi, ce que je veux, une fille grand de taille, qui a un peu de rondeur, qui n’est pas forcément dépigmentée, le teint qui est naturel, simplement », confie-t-il.
Des critères qui varient selon les individus, les influences culturelles et les expériences personnelles. Si certains privilégient l’apparence physique, d’autres mettent en avant le caractère, la compréhension mutuelle ou encore la stabilité financière.
Face à ces hésitations et exigences, les aînés observent avec un certain recul. Marié depuis plus de 20 ans, Mahama Zoanga encourage les jeunes à ne pas avoir peur du mariage, même lorsque les conditions matérielles ne sont pas réunies.
« La plupart des filles veulent des choses grandioses avant de s’y marier. Et ça sera difficile. Il faut faire confiance à la personne, implorer Dieu et rentrer seulement », conseille-t-il.
Construire le bonheur à deux
Pour lui, le mariage est avant tout une bénédiction, indépendante des moyens de départ. Il évoque des exemples de couples partis de presque rien et ayant réussi à bâtir une vie prospère.
« Il y a eu des gens qui se sont mariés sans argent, sans rien, avec des motos. Mais aujourd’hui, ils ont des grands immeubles, ils roulent en voiture et vivent dans le luxe. Donc, ce qu’on leur conseille, c’est de se marier seulement sans peur, car le mariage est une grâce », insiste-t-il.
Entre tradition et modernité, le mariage demeure une institution centrale, mais de plus en plus questionnée. Pour les jeunes rencontrés, il ne s’agit plus d’une simple formalité sociale. Le mariage est désormais perçu comme une décision majeure, qui nécessite une mûre réflexion, entre pression familiale, exigences personnelles et aspirations économiques. Une réalité qui témoigne de l’évolution progressive des mentalités au sein de la jeunesse.
Studio Yafa
