Au Centre hospitalier universitaire pédiatrique Charles de Gaulle de Ouagadougou, le service de chirurgie pédiatrique est en effervescence permanente. Chaque semaine, près d’une cinquantaine d’interventions chirurgicales y sont réalisées sur des enfants âgés de 0 à 15 ans. Immersion.
Il est un peu plus de 10 heures au bloc opératoire de la pédiatrie. À l’entrée de la salle d’intervention, l’équipe chirurgicale se prépare dans un silence presque solennel. Lavage méticuleux des mains et des avant-bras, habillage stérile, derniers échanges rapides. À l’intérieur, les bips réguliers des appareils de surveillance cardiaque et respiratoire rythment l’atmosphère. Sur la table d’opération, un petit patient de 19 mois est profondément endormi. Autour de lui, anesthésistes et infirmiers veillent, concentrés.
Ce matin-là, les chirurgiens s’apprêtent à intervenir sur un cas de maladie de Hirschsprung, une malformation congénitale rare mais grave du tube digestif. Le docteur Wenlamita Toussaint-Tapsoba, maître assistant en chirurgie pédiatrique à l’Université Joseph Ki-Zerbo et chirurgien pédiatre au CHU Charles de Gaulle, explique :
« C’est une forme de constipation chronique liée à une malformation. Les nerfs de la partie terminale de l’intestin ne se sont pas développés correctement. Du coup, l’intestin n’a pas le bon réflexe pour évacuer les selles. Elles s’accumulent et provoquent une constipation chronique dès les premiers mois de vie. »
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L’intervention est co-dirigée avec un chirurgien américain, venu partager son expertise avec l’équipe burkinabè. À 10h05 précises, la première incision est faite. Une petite caméra est introduite par le nombril à l’aide d’une sonde. Les images de l’intérieur de l’abdomen apparaissent aussitôt sur un écran placé face au chirurgien. De fines incisions sont ensuite réalisées de part et d’autre du ventre pour introduire les instruments chirurgicaux.
Une grande partie de l’opération se fait à distance, guidée par l’écran. Une technique moderne, moins invasive, que le docteur Tapsoba détaille : « Nous avons utilisé la chirurgie cœlioscopique. On crée de petits orifices pour introduire la caméra et les instruments. On gonfle l’abdomen afin de créer un espace de travail. Cela permet de réaliser à l’intérieur les gestes qu’on ferait normalement à ciel ouvert, mais avec moins de traumatismes pour l’enfant. »
Si l’explication est rapide, l’intervention, elle, dure près de trois heures. Trois heures de concentration extrême, où chaque geste compte. À la fin, l’équipe peut enfin souffler. Les chirurgiens quittent la salle, satisfaits du travail accompli.
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Mais pour les anesthésistes, le travail continue. Ludovic Amadé-Koala, ingénieur de soins en anesthésie et réanimation, explique la phase délicate du réveil : « Nous avons arrêté les anesthésiques volatils, le gaz qui maintenait l’endormissement. On attend que tout s’élimine naturellement, tout en ajoutant des médicaments contre la douleur. L’objectif est que l’enfant se réveille sans souffrance, et que l’équipe de la salle de réveil sache exactement quoi faire ensuite. »
Après une courte pause déjeuner, l’équipe retourne déjà au bloc pour un autre cas.
Le lendemain matin, en salle d’hospitalisation, le petit patient se remet doucement. Encore somnolent, il est sous la surveillance attentive de sa mère, Awa Soulama. Pour elle, l’intervention marque la fin de longs mois d’angoisse. « Je suis soulagée, même si ce n’est pas encore fini. Le lavement matin et soir, ce n’était pas simple. Aujourd’hui, je sais que l’opération s’est bien passée », confie-t-elle.
Comme cet enfant, de nombreux patients souffrant de malformations congénitales, d’infections ou de traumatismes sont pris en charge ici chaque jour. Le professeur Isso Ouédraogo, chef du service, précise que son service traite toutes les pathologies chirurgicales de l’enfant. Elles vont des malformations du tube digestif aux interruptions de l’œsophage ou de l’intestin, sans compter les traumatismes liés aux accidents de la circulation.
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Malgré la motivation des équipes, les défis sont nombreux : manque d’infrastructures adaptées, déficit de personnel spécialisé, insuffisance d’équipements. Autant de contraintes qui compliquent la prise en charge rapide de tous les patients. Pour le professeur Ouédraogo, la prévention reste toutefois essentielle
: « Le plus important, ce n’est pas seulement de soigner, mais d’agir en amont. Les parents doivent assainir le cadre de vie et consulter rapidement dès les premiers signes de maladie chez l’enfant. »
Au CHU pédiatrique Charles de Gaulle, chaque intervention est un combat pour la vie. Un combat mené au quotidien par des équipes engagées, au service des plus petits.
Studio Yafa
