Présents sur les ronds-points, actifs sur les réseaux sociaux et engagés dans leurs quartiers, les Wayiyans se revendiquent comme des vigies citoyennes. Soutiens assumés du régime du MPSR 2 et du Capitaine Ibrahim Traoré, ils disent agir pour la sécurité, le développement et la cohésion sociale. Mais au-delà de l’engagement militant, quelle est la nature réelle de leur contribution aux politiques publiques ?
Ils sont partout. Dans l’espace public comme sur la toile, les Wayiyans occupent les ronds-points, organisent des rassemblements et multiplient les prises de parole. Leur combat, disent-ils, est clair. Défendre le pays, soutenir la lutte contre le terrorisme et accompagner le développement du Burkina Faso.
Depuis l’arrivée au pouvoir du MPSR 2, dirigé par le Capitaine Ibrahim Traoré, ce mouvement de veille citoyenne s’est structuré et renforcé, assumant un soutien sans équivoque au chef de l’État. Veiller, soutenir, expliquer les décisions, agir : autant de missions qu’ils s’assignent.
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À Watinoma, quartier voisin de Tampouy, le grand rond-point fait office de quartier général. C’est là que Ousmane Rabo, commerçant et président du rond-point de Watinoma, coordonne les activités. Pour lui, l’engagement Wayiyans s’est affirmé avec l’avènement du Capitaine Ibrahim Traoré. « Nous étions déjà engagés, mais avec la vision révolutionnaire du Président IB, nous avons compris qu’il fallait impérativement l’accompagner », explique-t-il.
Sous son leadership, lui et ses Wayiyans ont préféré l’action citoyenne. Construction et aménagement de ronds-points, installation d’une pompe à eau transformée en forage, réalisation d’un hangar de huit mètres à la maternité de Signonghin, construction de latrines, salubrité du marché de Lamoussa… Autant d’initiatives menées sans attendre une intervention de l’État.
« Nous accompagnons le gouvernement en posant des actes citoyens. Nous n’attendons pas tout de l’État », affirme Ousmane Rabo, qui souligne également des dons faits à Faso Mêbo.
Sécurité, cohésion sociale et relais communautaire…
Chargé de communication des Wayiyans de l’arrondissement 3, Richard Kevin Bassinga insiste sur la dimension morale et communautaire de l’engagement. « Un Wayiyan, c’est d’abord un homme intègre, engagé, un Burkinabè qui met sa commune avant ses intérêts personnels », définit-il.
Selon lui, les Wayiyans comblent parfois les zones grises de l’action publique, notamment en matière de sécurité de proximité. À Watinoma, leur présence aurait contribué à réduire les vols et les actes de délinquance. « Nous travaillons en synergie avec les forces de l’ordre telles que la Police et la Gendarmerie. S’il y’a des cas de vols, nous intervenons avant les arrivées des forces de sécurité », affirme-t-il.
Un groupe interne, dénommé BASETIC, a été mis en place pour renforcer la vigilance communautaire, former les habitants et promouvoir l’entraide, dans un esprit inspiré des solidarités traditionnelles.
Entre actions citoyennes et accompagnement politique
Les Wayiyans ne se limitent pas aux questions de sécurité. Mobilisation communautaire, sensibilisation, participation à des activités socioculturelles, sportives ou humanitaires. Ils disent aussi jouer un rôle de relais entre les autorités et les populations. « Il arrive que des décisions du gouvernement ne soient pas bien comprises. Nous essayons de traduire la vision du Président et d’expliquer le sens de ces décisions », confie Richard Kevin Bassinga. Selon lui, des chargés de mission proches de la présidence assistent parfois à leurs activités et transmettent des rapports.
Point sur lequel les Wayiyans insistent : leur autonomie financière. « Tout est financé à fonds propres », martèle Richard Kevin Bassinga. Cotisations, contributions de commerçants, soutien de bonnes volontés du quartier : les actions reposent sur l’adhésion locale et la confiance. Certains financements peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de francs CFA, preuve, selon eux, de la crédibilité du mouvement.
Structurés par rond-point, les Wayiyans fonctionnent avec des bureaux, des présidents locaux et des rencontres régulières entre responsables pour coordonner les actions.
Les femmes, actrices à part entière
Zara Ouédraogo, connue sous le nom de « Paag-naaba Zara », présidente des femmes Wayiyans, revendique la place centrale des femmes dans le mouvement. « Cela fait trois ans que nous avons pris l’engagement d’accompagner le Président. Il est venu avec la vérité », affirme-t-elle.
Avec d’autres femmes, Zara Ouédraogo participe aux prises de décision, aux activités communautaires et elles ont même créé leur propre groupe, “Kogl-Zaka”(les gardiennes des foyers) .
Au-delà de l’engagement patriotique, elles mènent entre elles, des activités génératrices de revenus. « En tant que femmes et mères, nous prions pour le Président et nous nous sommes engagées à l’accompagner jusqu’au bout », confie-t-elle.
Au-delà des actions revendiquées par les Wayiyans, leur présence accrue dans l’espace public et leur proximité assumée avec les autorités soulèvent des interrogations au sein de l’opinion. Pour certains acteurs de la société civile, cette dynamique citoyenne, bien que portée par des initiatives locales, pose la question de l’encadrement et de la redevabilité. L’absence de statut juridique clairement défini et la nature informelle de certaines interventions interrogent sur la place réelle de ce mouvement dans le dispositif de l’action publique.
MoussoNews avec Studio Yafa
