À Ouagadougou, dans la capitale burkinabè, chaque jour, des milliers d’usagers se rendent dans les gargotes et restaurants populaires pour des repas accessibles. Beaucoup préfèrent emporter leurs mets souvent dans des sachets en plastique. Pourtant, de nombreux spécialistes alertent sur les dangers que peuvent présenter les aliments chauds emballés.
Quartier Zogona. Il est 17 h. C’est l’heure de la descente de travail. Une folle ambiance de vrombissements, de klaxons de véhicules et de cyclomoteurs règne dans une rue. Un étal en métal de couleur bleue trône sous l’ombre d’un arbre au bord de la rue. Trois jeunes filles y animent un petit commerce. Elles y vendent des galettes à base de petit mil. Des clients marquent des arrêts, se font servir et continuent leur chemin. Les galettes sortent de l’huile bouillante dans les casseroles aux sachets pour la plupart des clients.

À environ 800 mètres de là, au quartier 1200 logements. Aux abords du boulevard Thomas Sankara, un petit commerce improvisé sert de marché. Sur une petite terrasse de fortune carrelée est assise une dame. C’est Adjara, la cinquantaine. Devant elle, deux grosses glacières remplies de bouillie chaude.
Un gros lot de sachets de couleur blanche ouvert déborde dans un grand plat à sa gauche. À sa droite, un long banc offre des places assises. À l’approche de chaque client, Adjara, d’un geste automatique et maîtrisé, déverse une bonne quantité du liquide chaud dans un sachet qui aussitôt prend une forme cylindrique.
Une mauvaise et vieille habitude
Arrivent deux élèves en tenue kaki. L’air affamés, ils descendent en trombe de leur moto, se précipitent vers la vendeuse de bouillie. Interrogé, Ryan Coulidiati, élève en classe de 3ᵉ, habitué des lieux, raconte. « La vendeuse nous emballe la bouillie dans des sachets plastiques, mais si vous souhaitez boire sur place, elle met la bouillie dans un bol, mais si c’est pour emporter, elle met ça dans des sachets ».
Quelques secondes plus tard, arrive un autre client, une dame, la quarantaine, chiquement habillée. Elle s’avance, salue la vendeuse. Une brève conversation intime s’engage entre les deux dames. Puis, elle lance sa commande, immobile à califourchon sur sa moto, l’air pressé. C’est madame Dabiré, secrétaire de direction.
Vient ensuite Boubacar Samaké, électromécanicien, muni d’une glacière en main. La vendeuse lui sert trois à quatre mesures de louches à l’intérieur du contenant. En retour, Boubacar lui tend de l’argent, démarre sa moto puis disparaît.
Les risques sanitaires
Selon le Dr Karim Kombasséré, médecin en santé communautaire, l’usage des sachets plastiques pour l’alimentation peut provoquer des maladies diverses.
Il fait savoir que « la chaleur qui se dégage de ces sachets-là fait migrer des substances, des particules plastiques, comme la mélanine, qui peuvent provoquer à long terme des cancers, que ça soit au niveau du sang, de la prostate, au niveau des troubles digestifs aussi, et ça peut entrainer la multiplication des bactéries ».
Et ce n’est pas tout. Le médecin en santé communautaire prévient : « À court terme, l’utilisation des sachets plastiques peut altérer le goût des aliments et des nutriments. Ça peut également entrainer des infections et des maladies ».
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Parmi les clients rencontrés, certains sont conscients des éventuels risques qu’ils encourent mais semblent ne pas avoir d’autres choix. Ryan Coulidiati est de ceux-là.
« C’est bien sûr gênant d’utiliser les sachets plastiques mais nous n’avons pas d’autre choix. « Il n’y a pas d’autres emballages alternatifs », témoigne, embarrassé, le jeune client.
D’autres disent être coincés entre les activités quotidiennes et l’absence d’alternatives pratiques. C’est le cas de Madame Dabiré, secrétaire de direction. « J’essaie de minimiser les risques, mais je suis parfois contrainte. « Quand on descend du boulot, c’est difficile d’emporter avec nous des plats », se justifie la cliente.
Même constat chez Zénabo Kouanda, élève en classe de seconde. « Quand on est en déplacement, c’est difficile d’avoir sur soi des emballages. On préfère les mettre plutôt dans des sachets plastiques », dit-elle.
Une transition difficile pour les vendeuses
Selon la loi nᵒ 045-2024/ALT du 30 décembre 2024, la production, l’importation et la commercialisation de sachets et emballages plastiques à usage unique sont désormais interdites sur le territoire. Le secteur informel est bien conscient de la mesure mais dans la pratique, la vulgarisation des emballages rencontre des obstacles.
Madame Tapsoba, vendeuse de beignets aux abords du boulevard Thomas Sankara, se dit prête à changer si des solutions existent. Emballer des beignets chauds dans des sachets ne semble pas la ravir, mais elle avoue ne pas avoir de choix.
« Nous sommes tous d’accord avec la mesure d’interdiction d’utilisation des sachets. C’est une bonne initiative car cela y va de notre bien-être à tous. Notre souhait, c’est qu’on puisse trouver une solution pour nous permettre de vendre dans de bonnes conditions. » confie-t-elle, impuissante.
Comme Mme Tapsoba, de nombreux vendeurs expliquent que le principal obstacle reste la disponibilité d’emballages adaptés, résistants à la chaleur et surtout abordables.
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En plus de la question sanitaire, ces habitudes alimentaires touchent à la pollution environnementale et à la gestion des déchets. Le Burkina Faso produit en effet environ 224 000 tonnes de déchets plastiques par an. Pourtant plus de 90 pour cent des emballages alimentaires de rue sont en plastiques. Ce sont là, des chiffres données par Myriam Aman Wédraogo ambassadeur Représentant permanent adjoint du Burkina Faso auprès de l’Office des Nations Unies à Nairobi dans un discours prononcé à Paris, le 30 mai 2023.
Le conditionnement des repas dans les sachets plastiques expose la société à de sérieux risques sanitaires et environnementaux. Au-delà des mesures et autres sanctions prévues par les autorités, il appartient à chaque citoyen de devenir acteur à part entière pour une alternative nouvelle et de sauver des vies.
Toussaint Zongo (stagiaire)
