Burkina Faso: A Doulou, les femmes montrent la voie pour la santé maternelle et infantile
Le CSPS de Doulou est désormais pris d'assaut par les femmes, Ph : Studio Yafa

Burkina Faso: A Doulou, les femmes montrent la voie pour la santé maternelle et infantile

Au centre de santé et de promotion sociale de Doulou, les pleurs de nourrissons rythment désormais les matinées de consultation. De plus en plus de mères viennent pour les pesées, les vaccinations et les séances de sensibilisation. Une dynamique qui porte ses fruits, malgré des défis persistants liés à la question de la disponibilité des médicaments et l’implication des hommes .

Pleurs incessants de nourrissons. Pendant que certaines mères essaient de calmer leur bébé en leur donnant le sein, d’autres les portent au dos en les dorlotant. Nous sommes au centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Doulou, village situé à une dizaine de km de Koudougou. En cette matinée-là, il y a une séance de sensibilisation et d’information sur la santé maternelle et infantile. Une dizaine de femmes sont présentes avec leurs nouveau-nés.

Béatrice Sompougdou, mère de 3 enfants, ne rate pas ces occasions. Originaire d’un quartier situé à environ 5 km de là, elle estime qu’à chaque fois qu’elle a l’occasion de participer à une séance, elle repart avec une nouvelle connaissance pour son bien-être et celui de son bébé. Comme pour prouver qu’elle a bien assimilé les informations essentielles, elle passe en revue le calendrier de consultation et de vaccination qu’elle a mémorisé.

 « Après l’accouchement, nous revenons 3 jours pour un contrôle. S’il y a des soucis, on nous donne des médicaments. 7 jours après, nous revenons pour le BCG. 14 jours après, nous venons encore pour la prise de poids de l’enfant et le contrôle de notre santé. À 42 jours, nous revenons, cette fois pour une causerie sensibilisation pour la santé de la mère et de l’enfant. Deux mois, nous revenons pour la vaccination et le début de la pesée. Il y a aussi des vaccinations à 5 mois et à 9 mois. Les vaccinations prennent fin à 12 mois. Ainsi de suite jusqu’à 2 ans », explique Béatrice sous le regard admiratif des autres femmes.

Les négligences qui peuvent coûter cher

Odile Tiendrébéogo est primipare. Elle tient avec tendresse son enfant de 5 mois, Johanne, sur qui elle pose régulièrement un regard empreint de tendresse. Mais que ce ne fut pas simple. Ayant négligé les consultations en début de grossesse, elle a failli vivre le pire. « C’est quand j’avais 5 mois de grossesse avec un palu sévère que je suis venu en consultation. Les médecins m’ont grondé. Ils m’ont dit que j’ai failli perdre mon enfant », se rappelle-t-elle.

Odile Tiendrébégo ne rate plus une occasion de sensibilisation au CSPS, Ph : Studio Yafa

Depuis cela, elle ne rate plus les séances, ni de pesée, ni de sensibilisation. « En suivant les pesées et les conseils, mon enfant se porte bien », ajoute-t-elle avec fierté. La fabrication de  bouillies à base de produits locaux disponibles et à moindre frais pour lutter contre la malnutrition, la préparation de sauces simples mais riches, les règles d’hygiène sont autant de leçons apprises au centre.

Madelaine Bonkoungou, avec son enfant de 2 mois, est aussi là ce matin-là. Mère de 7 enfants, elle reconnait qu’elle n’a pas toujours été une bonne élève en matière de consultation maternelle et infantile. Ses premiers enfants en ont souffert avec des malnutritions aigües et d’autres maladies. Une idée reçue sur la cherté des prestations, doublée à un manque de confiance aux produits prescrits, l’ont fatiguée, elle et ses enfants. « Les agents de santé nous conseillent de fréquenter fréquemment le centre de santé (…) en plus on nous donne les produits gratuitement », précise Madelaine.

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Pimbi Arouna Kaboré est l’ancien président du comité de gestion du CSPS de Doulou. Selon lui, c’est grâce à des efforts conjugués que le centre ne désemplit plus. À son inauguration en 2005, le personnel se tournait les pouces. « Nous accompagnons les médecins à mobiliser les femmes pour les vaccinations et les pesées.  Certaines femmes commencent très tardivement les pesées. On a scindé le village en 4 zones pour discuter avec elles et leur faire comprendre l’importance de débuter tôt les pesées. De mon constat, les femmes fréquentent de plus en plus le centre de santé. Avec les agents de santé à base communautaire, il y a beaucoup de sensibilisations. L’information passe », explique l’ancien président.

Pimbi Arouna Kaboré, ancien président COGES a été témoin des débuts du centre avec le faible taux de fréquentation, Ph : Studio Yafa

Une embellie saluée aussi par le personnel soignant. Noufou Kabré se réjouit de l’amélioration des indicateurs en matière de consultation. « Au début ça n’a pas été facile, même pour la vaccination. Il y a encore du travail, mais c’est vraiment encourageant », reconnaît-il.

Vers d’autres défis

Le gouvernement du Burkina Faso a lancé en 2016, la gratuité des médicaments et des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans dans les structures publiques. Cette mesure couvre les consultations, les accouchements, les césariennes et les médicaments essentiels génériques. En toile de fond, il s’agit de réduire la mortalité et de soulager les dépenses des ménages. À Doulou, même si la mesure a eu un impact sur l’amélioration de la santé maternelle et infantile, on regrette la rareté des médicaments à la pharmacie.  « Les médicaments arrivent en retard, et c’est toujours dépassé quand ça arrive. C’est indisponible. Et il faut passer des mois avant d’avoir le ravitaillement, c’est ça qui nous fatigue », fulmine le président COGES, Basnéwendé Nathanael.

Outre la disponibilisation des médicaments, l’autre combat des agents de santé et des femmes est de travailler à impliquer les hommes dans le suivi des grossesses. Qu’ils accompagnent leurs femmes pour les contrôles et les pesées. Une autre paire de manches. À l’évocation de cette question, sous le neemier, c’est un éclat de dire, comme pour dire que le chemin est encore long. « Nos hommes n’acceptent pas nous accompagner. Ils ont honte. Ils ne veulent qu’on s’approche d’eux publiquement », lance Béatrice.

Et Odile Tiendrébégo, d’ajouter sa propre expérience. « On a dit qu’il faut marcher pour faciliter l’accouchement. Quand je demandais à mon mari de m’accompagner pour marcher, il n’acceptait pas. Il me disait que je veux que tout le monde sache que je suis enceinte », lance-t-elle, arrachant un fou rire sur un sujet aussi important. À Doulou, les mères avancent. Reste à savoir quand les pères feront le pas.

Tiga Cheick Sawadogo