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©ISSOUF SANOGO / AFP
Un homme transportant des pintades et des poulets sur sa moto, pour approvisionner des restaurants, près de Ouagadougou.

Grippe aviaire au Burkina : « On risque de perdre le poulet bicyclette, notre espèce locale »

La grippe aviaire est encore dans les poulaillers du Burkina, depuis janvier 2020. A ce jour, plus d’un millions de volailles ont été touchées. 10 régions sur 13 sont contaminées. Un coup dur, alors que le pays avait lancé le processus de labellisation du poulet bicyclette. Cette race particulièrement prisée, avec plus de 52 millions de tête au plan national, est menacée avec les épidémies à répétition. Dans cet entretien instructif, le directeur général des services vétérinaires, Dr Adama Maïga, fait l’état des lieux de la maladie et prodigue surtout des conseils.

Quel est l’état des lieux de l’épidémie en fin janvier 2022 ?

En fin janvier, l’épidémie a évolué parce que quand nous avons fait le communiqué le 13 janvier, puis la conférence de presse le 14, nous étions à 7 régions touchées. Aujourd’hui, nous sommes à 10 régions touchées sur les 13 que compte le pays. Il s’agit du Centre, Centre-ouest, Centre- sud, Centre-est, Plateau central, Boucle du Mouhoun, Cascades, Nord, le Sud-ouest, et l’Est.

Comment le Burkina a été touché ?

Le Burkina peut avoir été touché de deux manières. La première probabilité ce sont les oiseaux migrateurs. Au Burkina nous avons des mares dans lesquelles des canards sauvages par exemple, qui sont des réservoirs de la maladie, arrivent. Ces mares étant en contact avec les oiseaux domestiques, nos poules qui viennent aux abords, peuvent être source de contamination.

Nous avons aussi la porosité de nos frontières qui intervient. En décembre déjà, presque tous les pays voisins du Burkina avaient déclaré la grippe aviaire. Avec les importations frauduleuses, les gens ont pu aller acheter des poussins ou des œufs en Côte d’Ivoire, au Togo, au Bénin, ou au Mali et rentrer sans passage par les services officiels, cela aussi peut être une source de contamination du Burkina.

Faut-il craindre un taux élevé de mortalité de la volaille au Burkina ?

Quand la grippe aviaire entre dans un troupeau de volailles, elle entraîne 90 à 100% de mortalité. C’est pourquoi si des mesures ne sont pas prises très rapidement pour circonscrire la maladie, on risque de perdre beaucoup de nos volailles, surtout notre espèce locale qui est bien prisée partout et qui constitue la fierté du Burkina parce qu’on parle de poulet bicyclette. Donc si on ne prend pas de mesures, d’ici là, si la maladie prend toutes les régions, on risque de perdre cette espèce rustique que nous avons.

Quelles sont les dispositions déjà prises par le Burkina pour circonscrire le mal ?

C’est d’abord de maîtriser tous les foyers identifiés dans les différentes régions à travers l’inventaire des effectifs qui restent, procéder à l’abattage sanitaire, procéder à la désinfection du matériel et des bâtiments et procéder à un vide sanitaire pendant au moins d’un mois au total pour enfin recommencer le repeuplement. Ça c’est ce qui concerne les mesures urgentes.

Mais pour ceux qui n’ont pas la maladie, ce qui est important, c’est d’éviter de prendre des poulets tout venants pour mélanger à vos troupeaux parce qu’on ne sait pas si ils sont malades ou pas. Il faut aussi éviter les visites inopinées. Tout cela peut être source de contamination. Une fois qu’on constate des mortalités dans son poulailler, il faut aviser les services compétents rapidement pour que des mesures pour faire des prélèvements soit prises et pour s’assurer si c’est la maladie pour qu’on puisse la contenir.

Est-ce que la grippe aviaire est dangereuse pour l’être humain ?

Elle est dangereuse pour l’être humain mais, surtout pour les gens qui sont immuno déficients et qui vivent à promiscuité continue avec la volaille. Nous pouvons contracter la grippe aviaire sans que cela ne soit mortel. Ça peut s’accompagner de rhume, de toux, de courbatures. La crainte que nous avons, c’est que si notre organisme s’habitue au virus de la grippe aviaire et qu’il y a recombinaison avec le virus par exemple de la Covid-19, ça va créer une autre forme de virus qui sera difficile à gérer.

Sinon, ce n’est pas en mangeant une poule qui est malade tout de suite qu’on peut faire la grippe aviaire, non. C’est seulement en étant en contact permanent avec de la volaille malade et en ne se désinfectant pas qu’on peut faire la maladie.

Le Burkina a lancé, il y a quelques mois, le processus de labélisation du poulet bicyclette. Quelles peuvent être les conséquences de la grippe aviaire sur le business qui entoure le poulet local, notamment son exportation ?

Une fois que la grippe aviaire est déclarée dans un pays, l’exportation des produits avicoles est suspendue. Si ça ne tue pas, on peut au moins consommer ce qui est en bonne santé, qui est bien entretenu, bien cuit. Tant qu’on ne va pas déclarer qu’on a pu maîtriser la maladie et qu’elle n’existe plus au Burkina pendant au moins une année complète, on ne peut pas exporter des produits avicoles.

C’est vrai qu’il y a un coût économique. Mais en matière d’exportation, nous n’avons pas vraiment des grandes quantités exportées, parce que nous sommes plus consommateurs qu’exportateurs. Pour la volaille, en dehors de la Côte d’Ivoire ou les pays côtiers où les gens exportent de temps en temps, il n’y a vraiment pas d’autres destinations.

Pour un jeune qui a sa ferme florissante, en cette période d’incertitude avec le virus, quels conseils avez-vous à lui donner, en tant que Docteur en la matière ?

Quand on est un éleveur, il faut être propre et consciencieux de ce que l’on fait. Un éleveur qui laisse n’importe qui venir rentrer dans sa ferme, ce n’est pas un bon éleveur. Un éleveur qui lui-même ne se désinfecte pas, entre et sort, il expose sa volaille à des maladies, même si ce n’est pas la grippe aviaire. Il faudra donc prendre des mesures pour éviter que la maladie n’entre dans le poulailler en mettant en place un dispositif à l’entrée.

Toute personne qui vient doit se désinfecter avant de rentrer. Il doit faire de même avant de sortir. S’il était venu avec des maladies, il les laisse avant de sortir, et s’il a trouvé des maladies à l’intérieur, il les y laisse avant de sortir. Ce ne sont que par ces mesures de biosécurité et en entretenant régulièrement le matériel d’élevage qu’il peut éviter d’avoir la maladie.


Tiga Cheick Sawadogo

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