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Des femmes déplacées au champ, Ouahigouya, juillet 2022

Yatenga : la saison agricole, dernier espoir de certaines femmes déplacées

Les personnes déplacées internes sont dans les champs à Ouahigouya. Dans la plaine rizicole située dans la périphérie de la ville sur la nationale 23 (Ouahigouya-Titao) une famille venue de You prépare un champ de riz avec de multiples interrogations. Elle manque de terres cultivables, d’outils et de semences et doit faire face aux caprices de la pluviométrie.

Dans un champ parsemé de neemiers, des manguiers sur une surface plus grande que la moitié d’un terrain de football, des dabas en main, neuf personnes sont en plein labour. Une vieille, trois jeunes femmes, une adolescente et trois mômes, certains en haillons, d’autres à moitié nus. Tout le monde est au travail.

Il est treize heures quand nous arrivons sur les lieux. « Regarde un homme qui arrive », lance un des enfants. Le travail s’arrête. Tous les regards sont tournés vers nous. L’inquiétude se lit sur les visages. Les multiples attaques terroristes dans la région du Nord ont créé la psychose au sein des populations déplacées déjà meurtries par les atrocités qu’elles ont vécues.

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Pour détendre l’atmosphère, après les salutations d’usage, nous arrachons la houe de la vieille et nous les imitons. Notre jeu réussi. Le groupe éclate de rire. Et les langues se délient. « C’est un monsieur qui a bien voulu nous donner cet espace. Ce n’est pas vaste mais celui qui demande ne définit pas une quantité à son donateur », nous lance Awa Sawadogo la plus jeune des femmes. Elles auraient bien voulu avoir un plus grand champ comme lorsqu’elles étaient dans leur village à Titao.

Des dabas de semis pour le labour

A cinquante mètres devant nous dans le champ voisin, un tracteur laboure. Dans le champ limitant l’espace de nos hôtes, un homme repique du riz. Pendant cinq jours Ouahigouya n’a pas bénéficié d’une bonne pluie. Mais aujourd’hui « Dieu a frappé sa femme et elle a coulé des larmes ». C’est l’expression utilisée en langue mooré pour dire que la pluie est bien tombée. Le temps est doux. Le sol est mou.

Notre présence semble même déranger car, en pareille situation, il faut profiter au maximum pour labourer le champ avant que le sol ne redevienne aride. « Si ce n’est pas parce que l’eau est descendue hier nuit, est-ce qu’avec cette daba que vous voyez on peut cultiver ce bas-fond ? Cultiver le riz c’est notre travail à You. Même si on n’a pas de charrue ou bien de tracteur, on a de bonnes dabas pour labourer là-bas. Cette daba, c’est pour semer et non pour labourer. Mais…», soupire Awa Sawadogo.

La jeune dame ne peut poursuivre. Déplacée interne, elle a tout laissé derrière elle avec sa famille pour regagner Ouahigouya. Face à la pénurie alimentaire, cultiver semble être le dernier recours pour ces femmes en vue de faire espérer quelques provisions.

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Originaire de Titao, environ 50 km de Ouahigouya, Awa Sawadogo et sa famille ont dû quitter précipitamment leur village après la mort le 23 décembre 2021 d’un célèbre volontaire pour la défense de la patrie (VDP) Soumaïla Ganamé dit Yôrô. Ce VDP était considéré comme le symbole de la résistance contre les terroristes dans la zone. Après sa mort la population a dû fuir laissant derrière elle les champs, les charrues, les animaux de traies etc.

On ira chercher les semences là où il le faut

Si cette famille a pu obtenir un lopin de terre cultivable, elle doit faire face à un autre problème. Dans la région du Nord, les pluies ne sont pas régulières. Pour parer à toute éventualité, ces déplacées ont changé leur manière d’aborder la saison agricole. Dès qu’il y a une pluie, les semis se font en même temps que le labourage.

La vieille Zango et ses brus veulent semer du riz dans leur champ. Mais, elle n’a que du gombo. « Ces gombos, nous avons juste semé un peu. En réalité c’est du riz que nous voulons semer ici. Vous ne voyez pas que c’est un bas-fond. Nous avons demandé les semences. Pour le moment nous n’avons que des promesses. Peut-être après avoir labouré les intéressés tiendront promesse », espère la vieille Hawa Zango.

Pour le moment, seules les femmes sont au champ pour assurer la pitance quotidienne aux enfants.  "Chacun se cherche. Certains sont sur les sites d'orpaillage et d'autres sont toujours à la recherche d’un travail stable", justifie Hawa Zongo. Ainsi, cette famille fonde espoir que la pluviométrie sera bonne cette année, afin que les récoltes soient également bonnes pour assurer le pain quotidien de la famille en attendant de retourner un jour à Titao.

Patrice KAMBOU

Correspondant

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