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Burkina Faso : la cola est devenue de l’or sur le marché

La cola n’est pas épargnée par l’augmentation du prix des denrées de première nécessité au Burkina Faso. En quelques mois, le prix de cette noix a augmenté. Des consommateurs ont trouvé d’autres moyens pour s’adapter à cette hausse.

Vendredi soir au grand marché de Ouagadougou. Les fidèles musulmans regagnent leurs boutiques après la grande prière. A la sortie sud de la grande mosquée de la capitale se trouve le marché de cola. Les revendeurs, alignés à la porte d’entrée sautent sur tout passager qui freine ou s’arrête par là. Ils cherchent à tout prix des clients venus pour acheter la cola.

Bien que le marché ne désemplit pas, au niveau des vendeurs de noix de cola, les clients ne se bousculent pas. Depuis quelques mois, les clients se font rares. La raison, le prix de la noix du cola qui a connu une hausse. En effet, le prix de la cola a doublé depuis maintenant cinq mois. Le panier de cola est passé de 30 000 FCFA à 60 000 FCFA. Même les commerçants n’y croient pas.

« Rester malgré les tempêtes ou disparaitre à jamais »

Sous son hangar, Abdou Kiemtoré, la cinquantaine révolue, tri minutieusement un tas de colas tout en échangeant avec ses voisins. Ce grossiste exerce dans la vente de cola depuis plus de trente ans. La plupart de ses grosses commandes viennent de ceux qui achètent la cola pour leurs évènements sociaux. Mais aujourd’hui, tout est au ralenti.

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« Il y a des moments où je pouvais vendre 5 à 6 calebasses de cola par jour voir un demi panier mais actuellement ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, il y a des gens qui, pour leurs cérémonies, viennent acheter seulement une calebasse de cola et ils complètent avec 05 à 10 kg de dattes plus des bonbons parce que tout simplement le prix de la cola a augmenté », explique Kiemtoré tout triste.

Chez les revendeurs également, la situation est inquiétante. Il faut juste s’accrocher pour ne pas disparaître explique Rasmata Ouédraogo. Cette dame achète la cola par kilogramme pour revendre en détail. « C’est vraiment devenu cher. Il n’y a pas de bénéfices, on vend juste pour ne pas perdre nos clients. Il y a des clients, lorsqu’ils viennent trouver que la cola de 25F est passée à 50F ou 75F, ils préfèrent ne pas acheter », regrette la dame.

Quand les bonbons et dattes remplacent le cola

Karim Kaboré prépare son mariage religieux. Il est venu avec un ami pour acheter la cola, cette noix utilisée à l’occasion de plusieurs cérémonies : mariages, baptêmes, funérailles, sacrifices. Pour son mariage, il lui faut des noix de cola. Il avait prévu acheter pour une quantité de trois calebasses. Mais du fait de la hausse des prix, il a changé d’avis. « J’ai prévu acheter trois calebasses et on m’a dit que l’unité coûte 3 000 F. J’arrive ici trouver que c’est 5 000 F pourtant j’avais prévu 15 000 F pour les achats. J’étais obligé de prendre seulement une calebasse et j’ai acheté beaucoup plus de dattes avec trois paquets de pecto (des bonbons) pour compléter », précise-t-il.

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Avec l’augmentation du prix de la cola, il faut s’adapter. C’est le cas de Rosalie Taoko, la cinquantaine. D’habitude, elle consomme au moins deux noix de cola par jour. Aujourd’hui, elle se contente d’une seule noix. « La dernière fois, je suis allée pour acheter et la cola de 50 F est devenue 100 F j’ai pris une noix seulement pour la journée.  Et pour les 50 F, c’est tellement petit », déplore-t-elle.

La théorie de l’offre et de la demande

Pour certains, la hausse du prix de la cola tire ses sources dans l’insécurité qui frappe le Burkina Faso, toute chose qui rend difficile le transport des marchandises. « Ce n’est pas notre faute, la hausse n’a aucun rapport avec l’insécurité », tente d’expliquer pour sa part Hamado Ouédraogo, chargé de gestion de l’association des marchands de cola du Burkina Faso. La hausse du prix est générale et s’explique par le fait que la demande actuelle dépasse l’offre.

« En attendant la récolte de cette année, c’est le reste de la cola de l’année passée qui est vendu et cela n’arrive pas à satisfaire la demande puisque le Nigeria, le Mali, la Gambie, le Niger, le Sénégal, tous, s’approvisionnent en Côte d’Ivoire », selon ses propos. Il attribue également la hausse du prix de la cola à la concurrence.

«Parmi tous les cinq pays qui s’approvisionnent en Côte d’Ivoire, c’est le Burkina Faso qui achète le moins. Au Nigeria, un seul commerçant peut faire cinq chargements alors qu’au Burkina, même pour faire un seul chargement, il faut au moins que dix à quinze personnes s’associent. Donc nous sommes obligés d’attendre que les autres finissent pour que nous puissions acheter à notre tour » ajoute-t-il.

Pour combien de temps va durer cette hausse des prix ? C’est la question que se posent les vendeurs de cola. Mais, tous espèrent une baisse sinon, la cola pourrait disparaître des habitudes des Burkinabè.

Faïshal OUEDRAOGO

 

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