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Ils sont unanimes: le conte doit s'adapter ou disparaître

Le conte au Burkina Faso : s’adapter ou disparaître

A l’occasion de la semaine consacrée « aux grandes nuits du conte » initiée par Koombi Culture, le débat hebdomadaire de studio Yafa s’est délocalisé au palais du Larlé, un palais à longue tradition de conte au Burkina. La question de l’intérêt du conte chez les jeunes burkinabè a été posée. Les invités de Ya ‘débat sont unanimes : Pour que le conte ne disparaisse pas, il est impératif qu’il s’adapte aux réalités actuelles.


Certains garants de la tradition s’inquiètent. Le conte qui fait partie intégrante de la culture burkinabè n’a plus la côte chez les jeunes. Si cette inquiétude est légitime, l’un des invités de Ya ‘débat, KPG, de son vrai nom Kientega Pingdéwindé Gérard, conteur professionnel, se veut rassurant. Pour lui, « le conte ne peut pas s’éteindre parce que tout simplement la culture ne s’éteint pas. La culture ne peut pas s’éteindre parce que nous avons les garants de la tradition avec nous ». Selon l’initiateur des grandes nuits du conte, « il faut parler plutôt d’une évolution du conte et non pas d’un désintérêt des jeunes pour ce récit. Le conte s’inscrit dans une réalité et dans un univers. Et l’univers dans lequel le conte s’inscrit évolue.  Le conte s’adapte comme la parole s’adapte et comme toutes les langues s’adaptent » argumente-t-il.

Amidou Zonga, jeune journaliste s’intéressant aux questions de culture ne partage pas totalement cette conviction de KPG. Pour lui, « les jeunes ont d’autres préoccupations que de s’asseoir pour écouter des contes. Surtout à l’heure du numérique, les jeunes n’ont pas le temps. Même en ce qui concerne la littérature, les jeunes ont aujourd’hui du mal à ouvrir un livre pour le lire ». Le Larlé Naaba Tigré, celui-là même dont le grand-père, le larlé naaba Ambga était un conteur hors pair selon ceux qui l’ont connu, estime pour sa part que s’il « est vrai que les jeunes n’ont pas beaucoup de temps aujourd’hui, il faut qu’on les amène à donner du temps pour nourrir leur âme, pour apprendre à travers le conte. Pour cela, il ne faut pas attendre que les citoyens soient des jeunes en quête d’emploi et de promotion. C’est déjà à l’enfance, à l’école primaire et même avant qu’ils ne commencent l’école qu’ils doivent être initiés aux valeurs du conte » soutient le ministre du moogho naaba.

Les invités de Ya'débat pensent même qu’il est temps que les autorités du Burkina acceptent d’introduire le conte dans les programmes d’enseignement à l’école. C’est la meilleure solution selon eux, pour que le conte entre dans les habitudes des jeunes générations et soit ainsi pérennisé.


Les réseaux sociaux comme second souffle


Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les réseaux sociaux ne constituent pas une menace pour le conte. Ils représentent même une opportunité dans certaines circonstances. « Au contraire, c’est une opportunité. La preuve, pendant le confinement, j’ai donné 52 spectacles, tous les soirs à 19H. C’était un rendez-vous. Il y avait plus de 28 chaines internationales, qui sont venues chez moi à la maison pour m’interviewer parce que j’étais chez moi et je faisais du covid live sur ma page Facebook et tout le monde suivait » témoigne KPG.

Le Larlé naaba Tigré estime aussi que les réseaux sociaux sont une opportunité pour le conte. Pour le chef coutumier, « ils constituent une opportunité parce qu’avec les réseaux sociaux, on peut atteindre un public beaucoup plus large. Les gens n’ont pas de temps. Mais si le conte est sur les réseaux sociaux, les jeunes peuvent suivre les contes. J’allais même dire que l’industrialisation du conte est une bonne chose parce que ça crée de l’emploi alors que tout le monde sait qu’aujourd’hui les gens ont des difficultés à trouver de l’emploi.  Si autre fois le conteur ne vivait pas de son conte, il faut qu’aujourd’hui le conte quitte l’informel pour le formel qui est structurant et crée beaucoup d’emplois ».


L’intégralité du débat sera été diffusée ce samedi 27 mars sur le réseau de nos radios partenaires.

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