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Pour certains humoristes, il faut éviter les sujets qui heurtent la sensibilité du public

Humour au Burkina : « On peut rire de tout mais on ne doit pas rire de tout »

Les humoristes ne doivent pas rire de tout au Burkina Faso selon des artistes exerçant dans le domaine. Par contre, Issouf Balima, critique d’art estime que l’humour doit permettre d'aborder les sujets tabous.

« Il n’y a pas de sujets qui soient trop sensibles. Il y a toujours un angle à aborder. Le sujet peut être délicat quand on est dans le cas, peut-être, de l’humour noir parce que entre le rire et ce qui vexe, c’est complexe », explique Ousmane Bamogo alias Kérékékakouka humoriste burkinabè, membre du groupe Gombo.com. Mais, précise-t-il, « il y a souvent de l’autocensure (...) parce que tous les sujets ne doivent pas être traités ».

Ousmane Bamogo prend l’exemple des attaques terroristes de Solhan dans laquelle 132 personnes ont perdu la vie au Nord du Burkina Faso. « Tu risques d’avoir plus d’ennemis que de fans (…) Mais, actuellement, on ne peut rire de ça parce que c'est un sujet complexe », insiste l’humoriste. Mais, nuance-t-il : « On peut rire de tout mais on ne doit pas rire de tout ».

Tenir compte du contexte

Quant à Sévérin Yaméogo dit la Jaguar, également humoriste, il dit tenir compte du contexte socio-culturel et du public. Le jeune humoriste explique avoir déjà abordé des thèmes qui n’ont pas reçu l’adhésion du public parce que jugé inapproprié. « Avant d’être artistes, nous sommes aussi des citoyens lambdas. Il y a des sujets, même si on te donne un milliard, il ne faut pas t’aventurer. Si tu les abordes, tu risques de mettre fin à ta carrière », dit-il avec regret.

Si pour ces humoristes, il faut éviter certains sujets, pour Issouf Balima, critique d’art, l’humour consiste à briser les tabous. Il s'appuie sur l’exemple du fou du roi dans les sociétés africaines, capables de dire un ton d’humour les vérités que les sages ne peuvent pas dire au roi.
« L’humour doit pouvoir traiter tous les problèmes de notre société », estime Balima. Pour ce qui concerne l’attaque de Solhan, « Derrière le drame, il y a des sujets à traiter. Je ne dis pas de rire de l’attaque mais le contexte peut être traité (…) comme l’intervention tardive des policiers ». Il cite l’exemple de crises socio-politique en Côte d’Ivoire où, selon lui, l’humour a contribué à décrisper les tensions.

Cependant, les intervenants sont d’accord sur un fait : quand les sujets sont politiques, il n’y a pas de censure. Mais, regrettent-ils, le public n’est pas souvent prêt à entendre des dénonciations quoi que sur un ton d’humour.

L’émission Ya’Débat est diffusée tous les samedis à partir de 09 h dans l’émission Le Grand rendez-vous sur Radio Légende 94.4FM et les autres stations partenaires du Studio Yafa.

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