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Burkina : L’or ne brille plus à Doudou

Burkina : Sud-Ouest, l’or ou la mort… (2/4). Doudou, 14 km de Gaoua dans le Sud-ouest du Burkina. Jadis comptoir d’or où se bousculaient acheteurs et vendeurs nationaux et internationaux, le village a perdu de son éclat il y a bien longtemps. C’est désormais « de la poussière d’or » que vendent des femmes chaque jour de marché.

Jour de marché à Doudou ce 8 mars. Chaque 5 jours, c’est une ambiance de fête qui règne dans cette petite bourgade située à 14 km de Gaoua. A priori, rien de particulier pour le visiteur qui jette un regard panoramique sur l’aire.

Entre les vendeurs qui hèlent les éventuels clients qui se faufilent dans les étroites allées, les bouchers qui s’acharnent sur les carcasses avec des machettes, ou les clients qui prennent place dans les cabarets, il n’y a rien à se mettre sous la dent pour le visiteur circonstanciel.

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Sauf que sur place, un commerce peu ordinaire s’y mène. Et il faut un connaisseur des lieux, notre guide, pour nous faire découvrir ces échanges que l’on ne voit pas tous les jours. Sous un grand manguier, Jean Hien Bêbê est assis sur un sac de ciment qui lui sert de tapis.

Une caisse de bière lui sert de table. La vingtaine, Jean est là, et attend. « C’est jour de marché, donc on vient acheter l’or », nous lance-t-il vaguement.

Une petite bascule pour peser, une pince aimantée pour enlever les impuretés, un petit récipient en forme de coque d’arachide pour recueillir le précieux métal, en réalité de petits grains que le vent emporte souvent ; d’où le nom de « poussière d’or ». Ce sont là les outils de travail de Jean.

« Ce sont les femmes qui amènent »

Deux femmes marquent un arrêt sous le manguier où Jean a installé son dispositif. L’une d’elles tend au jeune homme, un petit flacon. Ce dernier le saisit et se met à la tâche. Originaire de Loropéni, elles disent être venues rendre visite à leur grand-mère. Et pour préparer leur retour, cette dernière leur a donné de quoi vendre pour payer le transport.

Ce sont essentiellement des femmes qui viennent vendre l’or. « Les femmes entrent au marché pour acheter des condiments, donc si elles ont un peu d’or, elles profitent venir liquider. Et c'est avec cet argent qu’elles font leurs achats », explique Jean. Il n’est pas seul en ces lieux. Plusieurs autres vendeurs ont pris place sous différents manguiers où défilent des femmes.

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Hinoukara Somé, est en train de nouer un billet de 1000 F CFA au bout de son pagne. C’est ce qu’elle a pu vendre. « Je suis venu vendre le caca de l’or (Ndlr. C’est ainsi qu’elle appelle les résidus d’or), J’ai eu 1000 F. c’est juste pour acheter des condiments(…) », dit-elle.

La vente est souvent accompagnée de discussion avec les acheteurs. Quand, après manipulation, le verdict de la bascule tombe et fixe le prix, certaines ne sont pas d’accord. Alors, elle récupère leur bien et font le tour d’autres vendeurs dans l’espoir d’obtenir un meilleur prix. « Je ne maitrise pas le système. Souvent on fixe le prix et je ne suis pas satisfaite », confesse Hinoukara Somé d’une petite voix.

Une notoriété dépassée

Selon plusieurs sources, Doudou était considéré comme un comptoir d’achat et de vente d’or. Sa renommée avait franchi les frontières du Sud-ouest et du Burkina et certains commerçants des pays voisins comme le Ghana, le Mali et la Cote d’Ivoire ne rataient pas les jours de marché, occasion de bonnes affaires aurifères. « On a aussi entendu l’histoire du village. On est née aussi trouver que c’est ainsi », reconnait Jean Bêbê. Mais, les temps ont bien passé. Doudou a perdu sa notoriété aurifère.

« Il n’y a plus assez d’or à acheter. Avant je pouvais avoir 10 grammes, mais actuellement c’est compliqué. Depuis ce matin, je n’ai pas acheté plus de 5 000 fcfa », constate Mathieu Palé, 38 ans. Selon lui, il y a beaucoup plus d’acheteurs d’or que de par le passé. Aussi poursuit-il, avant, ce sont seulement les femmes qui s’adonnaient à l’activité d’orpaillage. Depuis, les hommes sont également descendus dans les galeries. « Ils (Ndlr. les hommes) sont sur des sites assez importants », précise Mathieu.

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Contrairement aux hommes, les femmes ne creusent pas dans les galeries aussi profondes. C’est à la surface, ou dans de petites crevasses qu’elles recherchent le métal jaune. Pas besoin d’explosifs ou de cyanure pour trouver leur compte. C’est dans un secteur de Doudou qu’une violente explosion a eu lieu le 21 février 2022, faisant officiellement 63 morts et des centaines de blessés.

Tiga Cheick Sawadogo

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