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Les élèves déplacées de Ouahigouya n'ont pas encore fini leur programme

Examens 2022 : course contre la montre des élèves déplacés pour terminer le programme

La ville de Ouahigouya, nord du Burkina Faso, accueille plusieurs élèves déplacés internes dans les différents établissements. Ces élèves qui ont fui leur localité suite aux attaques terroristes accusent des retards dans les programmes scolaires. Certains sont inquiets.

En un samedi ensoleillé du mois d’avril à Ouahigouya comme c’est le cas en cette période, sur le site d’accueil des élèves déplacés au secteur 10 de Ouahigouya, les élèves sont en classes pour fuir les rayons brûlants du soleil. Pauline Ganamé et ses camarades, une dizaine, sont en classe et attendent. Certains dorment sur leurs cahiers, visiblement épuisés.

D’autres, au fond de la salle traitent d’anciens devoirs de physique et chimie. Pauline, isolée à côté d’une fenêtré pour profiter de l’air ambiant est concentré sur ses cahiers. Il y a quelques mois, la jeune fille a fui Titao, localité située à environ 500 km au Nord-Est de Ouahigouya.

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La jeune fille a quitté son village natal sans aucun document. « Je profite de ce temps pour utiliser les documents de mes camarades qui dorment en attendant l’arrivée du professeur. Notre emploi du temps est occupé du lundi au samedi. Donc quand nous arrêtons à midi, moi je ne rentre pas à la maison. D’ailleurs, j’habite loin d’ici », explique Pauline Ganamé élève en classe de terminale.

Innover pour être à jour

Habituellement les samedis, il n’y a pas cours dans l’après-midi. Mais, du fait du retard accusé sur le programme scolaire, les enseignants organisent des sessions de rattrapage. Pauline et une dizaine de camarades attentent leur professeur de français.

Dans la salle voisine, en terminale D2 (scientifique), c’est le silence. Les élèves sont tous concentrés devant leurs copies. C’est jour de devoir de français. Ali Savadogo, le professeur de français dit être conscient que les élèves ont besoin du samedi pour leur révision personnelle. Mais, il a préféré les retenir afin de les aider à terminer le programme. Lui également est un enseignant déplacé du fait des attaques terroristes.

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« Moi personnellement, j’étais au lycée de Aorèma. C’est suite à la fermeture de notre établissement qu’on m’a confié cette classe à la mi-février. Ce sont des élèves issus de différents établissement et je dois user de stratégie pour que chacun tire son épingle du jeu », explique Ali Savadogo.

« Beaucoup de difficultés »

En classe de terminale D, le programme prévoit 6 heures de cours de mathématiques par semaine. Mais pour rattraper le retard, les enseignants sont passés à 8 heures par semaines. En français, ils sont passés de 6 heures au lieu de 4 heures comme prévu. Les épreuves de l’éducation physique et sportives pour les élèves du brevet d’étude du premier cycle (BEPC) ont débuté depuis le 9 mai 2022. Pour rattraper le retard à ce niveau,  Rémi Zoundi, précédemment enseignant d’EPS au Lycée provincial du Loroum a organisé plusieurs séances de rattrapages avec ses élèves. Face au retard, les enseignants disent avoir innover.

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« On a débuté avec beaucoup de difficultés. Mais actuellement on ajoute une à  deux heures par semaines pour pouvoir terminer tous les cycles pour que nos élèves soient au même niveau que les autres. Nous avons dû utiliser un document d’éducation en situation d’urgence pour être là où nous sommes. Dans ce document, il y a certaines répétitions qui ont été écartées pour nous permettre d’aller à l’essentiel. Et c’est ce que nous faisons ».

Si les enseignent redoublent de labeur pour être à jour, les élèves sont inquiets. Les autres élèves sont en avance dans le programme. « Jusqu’à présent il y a des chapitres qu’on n’évoque pas ici. Alors que quand nous rencontrons nos camarades des autres établissements ils disent qu’ils ont vu ça. Donc si les professeurs pouvaient photocopier les cours et nous remettre, on va lire et ils vont venir nous expliquer pour qu’on avance. Imaginez-vous que le professeur vous donne le dernier chapitre en Physique chimie la veille de l’examen, quelle sera son utilité ? » se demande Oumarou Belem, un délégué de classe de Terminale rencontré sur un site d’accueil.

Des abandons

Depuis le 13 décembre 2021, tous les établissements de la province du Lorum sont fermés. Une soixantaine de classe accueillant des élèves déplacés ont ouvert leurs portes. Certains élèves ont pu regagner les classes. Pour d’autres, ce n’est pas le cas. Certains ont dû abandonner du fait de difficultés économiques. C’est le cas de Yacouba Badini : « Quand je suis arrivé à Ouahigouya, j’ai repris les cours avec les camarades. Mais à un certain moment donné j’avais du mal à payer mes frais de location et à m’alimenter correctement. J’étais obligé de stopper les cours pour travailler en tant que manœuvre sur les chantiers de construction. Mais si tout rentre dans l’ordre je vais reprendre l’école la rentrée prochaine ».

Pour ceux qui continuent en classe d’examens, malgré les difficultés liées au manque de documents, le retard, les longues distances à parcourir entre autres, ils espèrent tous décrocher leurs diplômes cette année. Pour eux, il s’agit d’une forme de résilience face à leur situation.

Patrice KAMBOU

Correspondant

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