Révélé sur la scène mondiale en 2024, Alfred Zan Badi est aujourd’hui l’un des visages du powerlifting burkinabè. Athlète multidisciplinaire, il a été sacré champion en lutte traditionnelle, en haltérophilie et en rugby, avant de s’imposer en powerlifting où il détient trois records du monde. Tout en poursuivant sa préparation pour de nouveaux défis, Alfred Zan Badi s’investit également dans la formation de la relève.
C’est au quartier Ouaga 2000, dans l’ambiance studieuse de la salle Gautier Gym, que nous rencontrons Alfred Zan Badi, dit Caterpillar, pour une nouvelle séance d’entraînement. Dès qu’on l’aperçoit, la carrure de ce grand gaillard impressionne. Sa silhouette massive, faite de muscles saillants, impose le respect.
Avec un poids de 110 kg, qu’il s’est construit à force de discipline et d’entraînements réguliers, il continue d’entretenir ce physique. Cinq fois par semaine, Caterpillar, la quarantaine, s’entraîne dans cette salle de gym, répétant les mêmes exercices afin d’affiner sa technique et de maintenir sa condition physique.

Accueilli par son coach, Alassane Sandaogo, un autre colosse tout aussi impressionnant, Alfred Zan Badi prend quelques minutes pour s’enquérir du programme du jour. Rapidement, il enfile son équipement, ajuste sa tenue et serre soigneusement sa ceinture de protection.
« La ceinture fait partie des mesures prises pour éviter les blessures et les hernies. Elle protège également le dos. C’est toujours conseillé quand on veut soulever de lourdes charges », explique Alfred Zan Badi.
Caterpillar se met ensuite au travail. Allongé sur un banc, concentré, le regard fixé sur la barre au-dessus de sa tête. Alassane, son entraîneur, se place derrière lui.
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« C’est mon mouvement préféré, ce qu’on appelle le coucher-développer. Je suis champion du monde avec un record de 240 kg », rappelle Alfred Zan Badi, non sans fierté. Le coucher-développer consiste à s’allonger sur le dos et à soulever une lourde charge à l’aide des deux bras. Cette discipline exigeante demande non seulement de la force, mais aussi une bonne technique. Sous la surveillance attentive de son coach, il pousse de grands cris à chaque effort, une manière pour lui de canaliser sa puissance.
Le règne mondial en Russie
Alfred Zan Badi réussit cinq répétitions avec une charge de 240 kg. « C’est à l’entraînement, mais je peux aller au-delà », raconte-t-il, sûr de sa force. La séance se poursuit avec d’autres exercices qui mettent en évidence la puissance de ses muscles, notamment ceux des jambes, tout aussi impressionnants. Le colosse enchaîne ensuite avec le curl biceps, un exercice qui sollicite les bras. Là encore, Zan Badi excelle. Dans cette épreuve, il est également champion du monde de powerlifting. Il exécute encore plusieurs autres mouvements avant de retracer son parcours.
C’est en 2024 qu’Alfred Zan Badi se révèle véritablement sur la scène internationale. Cette année-là, il prend part à une compétition mondiale de powerlifting en Russie, organisée par la World Raw Powerlifting Federation. Pour le Burkinabè, il s’agit d’une première participation à ce niveau. Dans ce saut vers l’inconnu, l’objectif est avant tout d’acquérir de l’expérience. Mais contre toute attente, Zan Badi crée la surprise en remportant plusieurs épreuves et en établissant même des records.

« C’est là que beaucoup ont reconnu que j’avais du talent et que je n’avais simplement pas eu l’opportunité de m’exprimer à l’international. Et quand cette opportunité s’est présentée, je suis allé à la conquête de l’international et j’ai ramené la médaille en 2024 », poursuit-il avec une pointe de fierté. L’année suivante, en 2025, il confirme son statut en remportant trois titres de champion du monde. Il s’impose notamment au développé-couché, aux dips et au curl biceps.
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Au Burkina Faso, Alfred Zan Badi est déjà une figure bien connue du public sportif. Avant les salles de musculation et ses titres mondiaux, c’est dans la lutte traditionnelle qu’il s’est d’abord fait un nom. Il y remporte cinq titres de champion national et décroche également un titre de vice-champion d’Afrique.
Dès son enfance, il se passionne pour la lutte, participant à des combats pour gagner de modestes lots. Un tournant décisif survient en 2007, lorsqu’il remporte pour la première fois une moto, symbole d’une carrière qui prend une autre dimension. « C’était lors d’une compétition organisée par la députée Sara Sérémé. J’ai remporté le premier prix, une moto », explique-t-il.

Naturellement doté d’une force hors du commun, Zan Badi se passionne pour tous les sports de force. « Quand vous regardez ma morphologie, c’est bien visible. Je me suis demandé quoi faire de cette force. J’ai décidé de l’utiliser dans le bon sens et de porter un message », raconte-t-il. C’est ainsi qu’il tente sa chance à l’émission télévisée Muscl’or, diffusée sur BF1, un concours d’haltérophilie. Sous le surnom de Caterpillar, il domine largement ses adversaires. Pendant sept éditions consécutives, Zan Badi s’impose comme le champion incontesté de la compétition.
Un ancien bagarreur qui veut donner l’exemple
Avec la mise en place de la Fédération burkinabè d’haltérophilie, Zan Badi devient à nouveau la tête d’affiche. Il participe ensuite au championnat national, qu’il domine également, avant de laisser progressivement la place à la jeune génération, dont Alassane Sandaogo, son successeur et vainqueur de plusieurs compétitions.
Plus jeune, il était connu pour son tempérament bagarreur. « Vous savez, quand on est au village et jeune sans rien à faire, on est souvent bagarreur », dit-il avec une pointe d’humour. Désormais, il souhaite tourner cette page. « Je me suis dit qu’au lieu de continuer avec ces mauvaises pratiques, avec la bagarre inutile, il faut utiliser cette force pour construire quelque chose », insiste-t-il.
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C’est dans cette logique qu’il s’investit dans la formation de la relève. Alassane Sandaogo en est l’illustration parfaite. « Nous nous sommes rencontrés en 2017. Il m’a accueilli et formé. J’ai été plusieurs fois champion au niveau national et en Afrique », raconte ce dernier.
Lorsque vient le moment de mettre en place l’encadrement, Zan Badi choisit Alassane comme entraîneur. « En réalité, quand je prépare une compétition, il devient le coach. Et lorsqu’il a une compétition, c’est moi qui lui établis son programme », explique Alassane Sandaogo, aussi appelé Caterpillar Junior ou le Carter. Admiratif, il ajoute : « Il est vraiment rigoureux. Il se met au sérieux dans ce qu’il fait. C’est le genre de personne avec qui j’aimerais continuer de travailler. »

En plus des épreuves de force, Alfred Zan Badi est sergent de l’armée burkinabè et joueur de rugby. S’il s’entraîne aujourd’hui à la salle Gautier Gym, c’est aussi grâce à une bourse obtenue lors de l’édition 2019 de Muscl’or. Le gérant de la salle, Cédric, se montre lui aussi admiratif : « C’est quelqu’un qui a beaucoup d’entrain, très drôle. C’est une fierté de l’avoir et qu’il s’entraîne chez nous », confie-t-il.
Sans abandonner son objectif de défendre ses titres de champion du monde de powerlifting, Caterpillar entend désormais préparer la relève afin de continuer à représenter le drapeau du Burkina Faso à l’international. Pour lui, il se veut un modèle, à l’image de Cheick Al-Hassan Sanou, dit Iron Biby, qui excelle dans le log lift, une autre discipline de force.
Boukari Ouédraogo
