Maraîchage à Ouagadougou : Quand carottes, choux et oignons deviennent le moteur de l’autonomie féminine…
Au barrage de Boulmiougou, Awa Kinda cultive son autonomie financière, Ph : Mousso News

Maraîchage à Ouagadougou : Quand carottes, choux et oignons deviennent le moteur de l’autonomie féminine…

Au lever du jour, pendant que la ville s’éveille à peine, elles sont déjà au travail. Dabas en main, arrosoirs à l’épaule, pieds dans la rosée ou la boue, elles avancent entre les planches de cultures. Elles sèment, arrosent, désherbent ou récoltent. À Tanghin comme à Boulmiougou, deux quartiers de Ouagadougou, le maraîchage, activité saisonnière, est surtout un levier d’autonomie pour de nombreuses femmes. Étudiantes ou ménagères.

Il est 6h 30 lorsque Geneviève Zemba, étudiante dans la vingtaine, franchit les deux troncs d’arbres qui servent de passerelle pour accéder à sa parcelle. Nous sommes au cœur du site maraîcher du barrage de Tanghin. Devant elle, ses planches de carottes alignées comme un tapis vert. Elle observe les tiges, arrache quelques herbes, puis remplit ses arrosoirs. La journée peut commencer.  Cela fait dix ans qu’elle cultive la carotte. Un choix réfléchi.
« La carotte aime le froid. Dès novembre, je me lance », explique-t-elle. La période coïncide avec les fêtes, ce qui fait grimper la demande.

Geneviève Zemba finance ses études grâce à la maraîchelculture, Ph: Mousso News

Mais la culture de la carotte exige rigueur et patience. Pendant trois mois, Geneviève alterne arrosage, désherbage et fertilisation. Elle inspecte chaque plant avec minutie. « Parmi les tiges, certaines ne donneront rien. Je les enlève pour laisser de la place aux bonnes carottes », détaille-t-elle.  Sous terre, la racine grossit lentement. Et même sans la voir, Geneviève sait reconnaître les promesses d’une belle récolte.  « Quand le bout apparaît à la surface, on devine déjà si elle sera bonne », confie-t-elle.

À la récolte, ce sont surtout des grossistes qui viennent acheter. Mais la négociation est souvent rude. « Même quand le prix est raisonnable, elles trouvent toujours un défaut pour baisser », se désole-t-elle. Malgré les vols, le coût des semences et de l’engrais, Geneviève tient bon et est reconnaissante à la terre nourricière.  « La carotte me permet de payer mes études, de m’occuper de moi et d’aider ma famille », reconnait l’étudiante.

L’oignon, le pari du “gros business”

Autre site, même ambiance au féminin. Sur le site maraîcher de Boulmiougou situé à la sortie ouest de la capitale, Awa Kinda s’active au milieu de ses planches d’oignons. Longue robe sombre tachée de boue, petite daba posée à côté d’elle, la quadragénaire et mère de sept enfants a choisi de miser ses efforts sur l’oignon. « L’oignon rapporte gros et il est moins capricieux », affirme-t-elle, avec conviction.

Une plante de chou, fruit des efforts des femmes, Ph : Mousso News

Il y a deux ans, elle s’est lancée dans cette culture. Après quatre mois de travail, le résultat l’a convaincue.  « J’ai récolté plusieurs sacs que j’ai vendus à bon prix », se souvient-elle avec satisfaction. Comme la jeune Geneviève Zemba à Tanghin, ses journées commencent tôt, par l’arrosage. Puis elle ameublit la terre pour laisser de l’espace aux bulbes avant d’arroser encore. Ce cycle se répète toute la journée.

Mais l’effort est physique. Et la productrice accuse le coup de la fatigue. « On manque d’eau. Porter deux arrosoirs pendant des heures pour couvrir tout l’espace, ce n’est pas facile », soupire-t-elle. Quant à la rentabilité, tout dépend des saisons.  « Une planche peut donner un sac de 50 kg. En période d’harmattan, il peut se vendre à 10 000 FCFA. Mais en pénurie, ça dépasse 20 000 », explique-t-elle.

En attendant les récoltes, Awa diversifie ses cultures avec la laitue, l’amarante et des légumes variés. Une stratégie pour sécuriser ses revenus. Pourtant, les charges restent lourdes avec des semences importées coûteuses, des engrais, du matériel, des vols fréquents. Ce fait l’amène à plaider pour elle et pour ses camarades : « Il nous faut un barrage bien aménagé pour avoir de l’eau toute l’année. Et de l’aide pour les semences et les équipements ».

Justine et le chou

Retour à Tanghin, cette fois dans le périmètre d’exploitation de Justine Ouédraogo. Cette sexagénaire exploite près de 100 m² de terrain.  Entre les rangées, elle inspecte chaque plant de chou, vérifie la formation des boules, surveille les vers. « Le chou aime le froid. Après la laitue, c’est ce qu’on cultive beaucoup ici », relève Justine. En quatre à cinq semaines, le légume se forme. Peu de pertes, une demande constante, et une double source de revenus. Les choux pommés et les feuilles.

Justine Ouédraogo exploite un périmètre de 100 m², Ph : Mousso News

« Les ménagères viennent acheter directement. Selon la taille, un chou se vend entre 100 et 300 FCFA », précise-t-elle. Même les feuilles sont vendues ou utilisées à la maison. Rien ne se perd.

En réponse aux difficultés éprouvées par les femmes, certaines associations et ONG leur apportent ponctuellement des forages, du matériel ou des semences. « Ce n’est pas régulier, mais ça nous aide », reconnaît Awa.

Le ROPSA-B et l’autonomisation des maraîchères

Depuis plus de dix ans, le Réseau des organisations paysannes pour une synergie d’action au Burkina (ROPSA-B) accompagne les femmes dans leurs activités maraîchères. L’organisation facilite l’accès aux intrants, aux équipements et au suivi technique.

« Le maraîchage occupe beaucoup de femmes en saison sèche, de la production à la commercialisation. Les revenus générés renforcent leur pouvoir économique et leur autonomie », rappelle avec force Jules Zongo président du (ROPSA-B).

À travers des projets comme FASOVEIL, le réseau plaide notamment pour un meilleur accès des femmes, particulièrement des déplacées internes, aux engrais, semences et petits équipements agricoles.  Pour Geneviève, Awa et Justine, le maraîchage est une voie d’émancipation, un filet de sécurité et une source de dignité.

Mousso News et Studio Yafa