Au Burkina Faso, vivre avec le diabète ne se résume pas seulement à une contrainte médicale. La maladie représente une lourde charge financière pour les patients et leurs familles. Coût des médicaments, des examens, des régimes alimentaires spécifiques et des hospitalisations…
Dans le quartier Bissighin, à Ouagadougou, Mariam Sanou, 25 ans, étudiante en lettres modernes, vit avec le diabète depuis trois ans. Assise sur un tabouret, elle avale ses comprimés pour faire baisser son taux de sucre dans le sang. Pour elle, la maladie est « silencieuse », mais son impact financier est bien réel.
« Au début, il fallait faire le test trois fois par jour et faire l’injection aussi trois fois par jour. Les bandelettes coûtaient très cher. La boîte de 50 coûtait 15 000 francs CFA et ne pouvait même pas durer un mois », raconte-t-elle. À ces dépenses s’ajoutent le régime alimentaire spécifique, les consultations médicales et les examens, dont certains peuvent coûter entre 30 000 et plus de 50 000 francs CFA. « Par mois, les dépenses tournent autour de 22 000 francs, parfois plus quand il y a des complications », confie la jeune femme.
Une charge financière écrasante pour les familles
Le poids économique du diabète ne touche pas seulement les patients, mais aussi leurs proches. Seydou Ilboudo, père de famille, a accompagné sa petite sœur diabétique pendant plus d’un mois dans un centre de santé de Ouagadougou. Il se souvient d’un parcours éprouvant, aussi bien moralement que financièrement.
« À Saint-Camille, on est resté pratiquement un mois. Chaque jour, il fallait acheter des produits qui coûtaient environ 18 000 francs CFA. Après, à l’hôpital, on dépensait encore entre 10 000 et 15 000 francs », explique-t-il. Au total, les dépenses médicales ont avoisiné 300 000 francs CFA, sans compter les frais d’hospitalisation. « Ce n’était pas facile. C’était très dur pour nous », soupire-t-il.
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Au-delà de l’aspect financier, le diabète a des conséquences physiques importantes. Sabine Kpoda, une quinquagénaire diabétique depuis une dizaine d’années, en témoigne avec émotion. Les complications de la maladie ont affecté sa mobilité et sa qualité de vie.
« Le diabète me fatigue beaucoup. Regardez mes pieds, ils sont enflés, j’ai du mal à marcher. Ce sont les complications de la maladie », dit-t-elle en montrant ses pieds enflés. Elle confie aussi la peur permanente de l’amputation, une menace bien réelle lorsque le traitement n’est pas correctement suivi. « Mon médecin m’a dit que si je ne fais pas attention, on pourrait m’amputer les jambes », avant de lancer un conseil aux jeunes : « Faites attention à la consommation du sucre ».
Comprendre la maladie pour mieux la prévenir
Pour le docteur Patricia Kamouni, médecin en santé publique et chef du projet Offre de soins et appui politique à l’ONG Santé Diabète, la prévention reste la meilleure arme face à cette maladie.
« Le diabète est une augmentation chronique et permanente du taux de sucre dans le sang, due à un défaut de sécrétion ou d’action de l’insuline », explique-t-elle. Selon elle, l’augmentation des cas de diabète, notamment de type 2, est étroitement liée aux changements de mode de vie.
« Nous observons une consommation de plus en plus importante d’aliments gras, salés et surtout sucrés, ainsi que d’aliments hypertransformés, au détriment des céréales, des fruits et des légumes frais », précise la spécialiste. Elle alerte également sur la surconsommation de boissons sucrées et énergisantes chez les jeunes, qui favorise le surpoids et l’obésité, des facteurs de risque majeurs du diabète.
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La sédentarité constitue un autre facteur aggravant. « L’urbanisation et le développement ont réduit l’effort physique dans les activités quotidiennes », note-t-elle. Pour y faire face, elle recommande une activité physique régulière. Au moins 30 minutes de sport par jour, ou à défaut une à trois fois par semaine.
Selon les enquêtes du ministère de la Santé en 2021, 7,6 % des adultes âgés de 18 à 69 ans souffrent du diabète au Burkina Faso. Plus exposés aux infections et aux ulcères, les diabétiques présentent un risque élevé d’amputation des membres inférieurs. Le diabète est également la première cause d’insuffisance rénale terminale et de cécité chez les personnes de moins de 60 ans.
Face à cette réalité, les spécialistes insistent sur la nécessité d’un changement de comportement, d’un dépistage précoce et d’une meilleure sensibilisation. Au Burkina Faso, le diabète n’est pas seulement une maladie chronique. C’est aussi une épreuve économique et sociale pour les malades et leurs familles.
Studio Yafa
