À Niangoloko, dans la région des Tannouyan, la saison sèche rime aussi avec survie. Dans les vergers d’anacardiers du secteur 7, des femmes déplacées internes arpentent le sol, le regard attentif, à la recherche de noix de cajou tombées. Un travail modeste, mais essentiel. Ici, chaque noix ramassée représente bien plus qu’un revenu.
En ce matin ensoleillé de janvier, une dizaine de femmes sont déjà à l’œuvre. Certaines portent leurs bébés au dos, d’autres s’encouragent à distance. Le rythme est soutenu. Il faut aller vite. Plus on ramasse, plus on gagne. Dans ce champ, le travail est rémunéré selon la quantité récoltée. Une course silencieuse contre le temps et la précarité.

Parmi ces femmes, beaucoup ont fui l’insécurité dans leurs localités d’origine. Delphine Berté fait partie de celles-là. Mère de six enfants, elle vit à Niangoloko depuis deux ans. Son mari, gravement malade, ne peut plus travailler. Depuis son arrivée, le verger est devenu l’une de ses sources de revenus.
Grâce à l’argent gagné en ramassant l’anacarde, Delphine nourrit sa famille, paie les soins de son mari et soutient la scolarité de ses enfants. L’une de ses filles est même inscrite à l’université cette année. Un exploit rendu possible par ce travail quotidien, pourtant pénible.
« Ce que je gagne ici me permet d’acheter la farine, de nourrir mes enfants et de prendre en charge mon mari malade. Sans ce travail, on ne tiendrait pas », confie-t-elle.
Travailler pour tenir debout
Comme Delphine, une trentaine de femmes déplacées internes trouvent dans ces champs une opportunité de se relever. Nemata Ouédraogo est arrivée à Niangoloko avec son mari, sans ressources, et un bébé au dos. Aujourd’hui, elle parle de ce travail avec reconnaissance.

« Grâce à cette activité, on mange, on s’habille et on habille nos enfants. Si tu es rapide, tu peux ramasser 10 à 20 kilos par jour. Quand la production est bonne, certaines arrivent même à 30 kilos », dit-t-elle.
La rémunération se fait en nature. Les femmes conservent une part de leur récolte, ensuite rachetée par le propriétaire du verger. Le prix varie de 300 à 350 francs CFA le kilo, selon le marché. Une somme modeste, mais vitale pour ces familles sans autre source de revenus.
Un geste de solidarité
Le propriétaire du verger, Bouba Kam, a adapté son système de rémunération depuis l’arrivée des déplacées internes. Un choix qu’il revendique comme un acte de solidarité. « Avant, pour sept seaux ramassés, on donnait un seau aux femmes. Mais avec les déplacées internes, ce sont des cas sociaux. Aujourd’hui, si elles ramassent cinq seaux, un leur revient et les quatre autres sont pour moi », explique-t-il.
Un aménagement qui permet aux femmes de gagner davantage et de tenir pendant la courte campagne de l’anacarde, qui dure environ trois mois dans la région.
Au-delà de l’aspect économique, le travail joue un rôle essentiel dans la reconstruction psychologique des femmes déplacées internes. C’est ce que souligne Absa Diallo, présidente de l’association Femmes en marche et chargée de projet du foyer Fama, une structure d’accueil et de formation pour femmes vulnérables et veuves.
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« Le travail les occupe et leur permet de surmonter le traumatisme. Même si ce n’est pas très rentable, cela les aide à traverser cette période difficile. Il n’y a presque pas de suivi psychologique. Le fait de travailler ensemble, de partager leurs histoires, devient une forme de thérapie », analyse Absa. Créée en 2019, l’association Femmes en Marche a misé très tôt sur les activités génératrices de revenus.
Pour Delphine Berté et Nemata Ouédraogo, le message est clair. Malgré les épreuves, il faut continuer à avancer. Elles appellent les autres femmes déplacées internes à la résilience et au courage.
Dans les vergers d’anacardiers de Niangoloko, l’avenir reste incertain. Mais entre les arbres, sous le soleil, ces femmes ramassent bien plus que des noix de cajou. Elles récoltent de quoi vivre, tenir et espérer un lendemain meilleur.
Studio Yafa
