Au Burkina Faso, le choix des perruques pour se coiffer sans passer par les salons
Les perruques sont très prisées à Ouagadougou selon les vendeurs. Photo: Studio Yafa.

Au Burkina Faso, le choix des perruques pour se coiffer sans passer par les salons

C’est un gadget facile à porter et facile à enlever. Il s’agit de la perruque, qui séduit de nombreuses jeunes dames burkinabè. Ces dernières y voient une solution simple pour se coiffer sans passer des heures au salon. Bien que pratique, le port de la perruque peut présenter quelques dangers.

Grand marché de Ouagadougou. Dans une allée étroite devant les stands de vente de mèches et surtout de perruques. Les discussions vont bon train. Assises sur de petits tabourets ou debout, miroir en main, elles essaient un modèle, l’ajustent, puis passent à un autre jusqu’à ce que chacune trouve celle qui lui convient.

Aline Kaboré, la quarantaine, vient de faire son premier choix. La perruque qu’elle porte épouse bien sa tête et s’accorde parfaitement à son teint. Depuis plusieurs années, cette commerçante a tourné le dos aux tresses et aux mèches. Pour elle, la perruque est une solution pratique. Elle est aussi adaptée aux activités qu’elle mène. « J’aime les perruques parce que je n’ai pas le temps pour aller au salon. C’est pratique. Quand je me lève, je porte la perruque, je mets sur ma tête et je continue », explique Aline Kaboré. La jeune dame confie aussi son aversion pour les salons de coiffure. Elle les considère comme une perte de temps et d’argent.

Les perruques existent en fonction des goûts de chaque cliente. Photo: Studio Yafa.

Une coiffure facile à gérer

A ses côtés, dans le même stand, dame Nikièma, tout en continuant de fouiller, d’ajuster les différentes perruques sur sa tête, partage le même raisonnement. Se faire tresser peut prendre plusieurs heures, parfois toute une journée. Ce temps, elle préfère le consacrer à ses activités de commerce. Mais pour elle il ne s’agit pas seulement de gagner en temps. « Parfois, quand on porte, on apparait plus belles. Et nos maris aiment ça », dit-elle d’un ton taquin. Une manière pour elle de révéler au passage que son époux apprécie son choix.

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A quelques mètres de là, dame Yélémou vient d’aborder Yasmina, une vendeuse ambulante de perruques. Les deux femmes discutent du prix avant de tomber d’accord. « Elle m’a dit 7000 francs CFA », explique-t-elle, apparemment satisfaite. Habituée aux tresses, Yélémou a décidé de changer.

En plus de vendre les perruques, Yasmina Sawadogo les tresses elle-même. Photo: Studio Yafa.

Comme beaucoup d’autres femmes, elle recherche désormais une coiffure plus facile à gérer au quotidien. « J’aime les perruques. Je trouve qu’au moment de la chaleur, ça dégage moins d’odeur par rapport aux tissages », explique-t-elle. Les tissages consistent à coudre des mèches, naturelles ou synthétiques, sur des tresses. En revanche, les perruques sont déjà montées et se posent directement sur la tête, souvent à l’aide de colle ou de filet.

Des risques pour la santé

Yasmina, elle, ne se contente pas de vendre. Elle confectionne ses perruques elle-même. A partir de mèches, elle fabrique des modèles que ses clientes portent. Ces perruques peuvent coûter entre 7 000 et 200 000 francs CFA. La jeune vendeuse se veut rassurante sur leur usage. « On vend ça, c’est pour se rendre belle. Selon moi, ça ne cause pas de maladie », assure-t-elle, tout en montrant la perruque qu’elle porte elle-même, comme pour convaincre.

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Dans la boutique d’Idrissa Tapsoba, l’ambiance est plus calme. Les clients se font rares. Le commerçant attribue cette baisse à des rumeurs persistantes sur une éventuelle interdiction du port de la perruque au Burkina Faso. C’est pourquoi il dit avoir réduit l’importation des perruques depuis le Nigeria en attendant d’y voir plus clair. Pour lui, ces accessoires ne sont pas dangereux comme certains le pensent. D’ailleurs, aucune cliente ne s’est jamais plainte. « Vraiment, ça n’a aucun inconvénient. C’est juste pour se rendre belle. On enlève et on dépose », affirme-t-il avec assurance.

Porter des perruques pourrait causer des dangers si elles sont mal entretenues. Photo: Studio Yafa.

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Son avis est loin d’être partagé par tous. Le médecin spécialiste en santé communautaire Abdoul Karim Kombasséré prévient sur les risques liés à un usage prolongé des perruques. « Le fait d’utiliser les perruques peut entraîner des irritations cutanées, ça peut entraîner la production de pellicules. Ça peut abimer les cheveux par asphyxie du cuir chevelu », explique Abdoul Karim Kombasséré.  Pour cette raison, il déconseille le port prolongé des perruques, surtout quand elles sont mal entretenues.

Au-delà des questions pratiques et sanitaires, le port de la perruque soulève également un débat identitaire. Pour certains, à l’image des mèches, la perruque s’apparente à une imitation des codes esthétiques occidentaux.

Boukari Ouédraogo