Quand se rendre en belle-famille devient une épreuve
Haroun Ousmane venu du Burkina Faso connaît du succès au Tchad. Photo: Studio yafa.

Quand se rendre en belle-famille devient une épreuve

A seulement 19 ans, Haroun Ousmane a quitté le Burkina Faso pour le Tchad avec l’espoir de devenir mécanicien. Mais au fil du temps, les clés à molette ont laissé place aux marmites. Aujourd’hui trentenaire, il est devenu une référence culinaire à N’Djamena grâce à sa spécialité qui est le riz-haricot préparé selon le savoir-faire traditionnel burkinabè.

Dans sa cuisine improvisée face au restaurant, Haroun manie la louche avec précision. A 10 heures du matin, la première marmite de haricot ou « benga » en langue nationale mooré, cuite depuis cinq heures, est prête. De l’autre côté, des tables et des bancs accueillent les clients tout au long de la journée, créant une atmosphère chaleureuse et conviviale.

Certains clients sont déjà présents attendant d’être servi. Ibrahim, un jeune Tchadien est parmi les fidèles : « Le mélange de haricot et de riz n’est pas tchadien, c’est burkinabè. Avant Haroun, on ne connaissait pas ce plat ici. Maintenant, même les quartiers éloignés viennent manger ».

Du haricot comme au Burkina

Aboubacar Dicko, est lui burkinabè. Il vient souvent manger au restaurant de Haroun Ousmane. Pour lui, aller manger dans ce restaurant, comme revenir au pays. « Ça fait quatre ans que je viens. Sa manière de préparer le haricot est exactement comme au Burkina. A chaque bouchée, je retrouve des souvenirs de chez moi. Et rencontrer des compatriotes ici me permet de parler Moore et de ne pas oublier ma langue », témoigne-t-il.

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Haroun Ousmane en train de laver des plats derrière le restaurant à N’Djamena Photo: Studio Yafa.

Il n’y a pas que les qualités culinaires de Haroun qui séduit. Il y a aussi son sens de l’accueil et sa générosité. C’est ce que salue Awoudoug, un client venu manger du riz-haricot. « Pour seulement 300 ou 500 F CFA avec un verre d’eau, on a un plat copieux. On peut ajouter du bissap bien frais. Et même si on veut manger à crédit, Haroun respecte ses clients. C’est du haricot avec de l’huile et du piment à volonté, du vrai Benga burkinabè », soutient-il.

Un restaurant prospère

Rien ne laissait présager que ce natif de Séba, dans la province du Yagha, deviendrait restaurateur. Arrivé au Tchad en 2013 pour la mécanique, Haroun a su se réinventer. Aujourd’hui, son restaurant est prospère et lui permet de soutenir sa famille et d’investir au pays.

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« Je prépare tout moi-même. Le matin, je me lève à 3 heures pour cuisiner jusqu’à 19 heures. Je peux préparer deux bidons de 20 litres de haricot et jusqu’à deux sacs de riz par jour. C’est un métier rentable, je construis à Dori et j’envoie de l’argent à ma famille. Ils sont fiers de moi », note-t-il.

A 33 ans, Haroun Ousmane ne compte pas s’arrêter là. Fier de partager le goût du Burkina au Tchad, il rêve d’agrandir son restaurant et d’enrichir son menu avec d’autres plats traditionnels burkinabè.

Alice Ouédraogo