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Ousseini Ouelgo le 19 août 2022 à Bagré

Bagré: l'espoir dans les basfonds, deux ans après les inondations

Il y a un deux ans nous étions à Bagré pour rencontrer des jeunes riziculteurs au lendemain des inondations qui les avaient tous plongées dont le désarroi. Certains jeunes producteurs n’ont pas tenu le coup après avoir tout perdu de leur investissement, ils ont simplement jeté l’éponge pour partir à l’aventure. D’autres par contre ont pu se relever de ce choc et continuent leurs activités. Billet retour avec Ousseini Ouelgo, président d’une coopérative des jeunes riziculteurs de Bagré.

Le même visage, deux expressions différentes sur le même terrain, en l'espace de deux ans. Il y a deux ans quand nous rencontrons Ousseini Ouelgo, il avait la mine déconfite. Pour accéder à son basfond rizicole, il fallait se déchausser et faire preuve de minutie pour ne pas tomber. Deux ans, après, c’est avec le visage souriant qu’il nous conduit sur son périmètre. Le champ, nouvellement labouré a bonne allure.

Le jeune producteur se rappelle pourtant de cette période sombre pour les producteurs. « Vraiment c’est un douloureux souvenir. Quand le barrage était plein entre septembre et octobre, on ouvrait les vannes et cela créait des inondations. Plus de 1000 hectares de culture avaient été inondés. Certains avaient planté, labouré, mis les premiers et deuxièmes engrais. Ce fut de grosses pertes », dit-il.

Des mesures d’accompagnement

Au lendemain des inondations, Bagrépôle avait entrepris le recensement des sinistrés. Le 7 septembre 2020, après une visite des lieux, le directeur général de Bagrépôle d’alors, Victor Sawadogo avait annoncé que 550 hectares de riz, exploités par 600 producteurs, ont été inondés. Les superficies inondées devraient générer 2700 tonnes ce qui représente plus 400 millions de F CFA.

Selon le président de la coopérative Miitiri des jeunes producteurs de riz de Bagré, c’est une année après que Bagrépôle a fait don de vivres aux producteurs pour supporter le choc. « Après votre départ, on a souffert. Il y avait de la paperasse et c’était compliqué à tout réunir. On a quand même bénéficié d’un petit appui pour nous aider à nous relever », poursuit-il.

Outre cet accompagnement, promesse a été faite aux producteurs qui sont dans les zones inondables de les accompagner à trouver d’autres terrains. Il a été question d’aider les producteurs avec des semences à cycle court.

Plaidoyer pour jeunes producteurs

Si Ousseini Ouelgo et d’autres riziculteurs ont pu se relever, certains par contre n’ont pas pas tenu. Ils ont carrément décidé de passer à autre chose. « Les jeunes ont vraiment souffert. Certains ont même décidé de tout laisser tomber pour partir à l’aventure. Nous en tant que jeunes producteurs, on a essayé de les sensibiliser pour qu’ils restent sur place. On a même initié des micro-projets dans les domaines de la pisciculture et de l’aviculture pour surmonter cette mauvaise passe. Malgré tout, certains sont partis », regrette le président de la coopérative Miitiri.

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 Il plaide par ailleurs pour les jeunes producteurs, loin des centres urbains. Selon lui, c’est le désœuvrement qui amène certains jeunes à basculer dans l’extrémisme violent . « Vraiment il faut que les autorités travaillent à soutenir et à encourager les jeunes qui ont des initiatives. S’il n’y a aucun soutien, malgré la bonne volonté, certains ne tiennent pas. Le pays va mal, c’est le manque d’emploi qui envoie même le terrorisme. Et je pense que nous qui sommes dans une localité qui n’est pas dans le giron des terroristes, un travail de prévention doit pouvoir être fait », préconise-t-il.


Tiga Cheick Sawadogo

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