En mai 2025, Studio Yafa proposait une série de reportages sur Allah ti Kouma (Dieu ne parle pas, en langue dioula) ce haut lieu de la prostitution dans la capitale burkinabè. Nous avions alors rencontré les riverains, les «travailleuses » ainsi que des responsables du site. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont de Sandogo, quartier abritant ce lupanar, à la sortie ouest de Ouagadougou. Après des mois de procédures judiciaires, le verdict est tombé ce 4 février 2026. La justice a ordonné la fermeture du site, pendant que le responsable écope de 5 ans de prison dont 3 fermes et 10 millions d’amende.
30 janvier 2026 au palais de justice de Ouaga 1. C’est jour de réquisition et de plaidoiries. Dans le box des accusés, Tasséré Ouédraogo, responsable de Allah Ti kouma. Avec lui, d’autres tenanciers de bordels dans la capitale, des travailleuses de sexe et d’autres accusés.
A l’entame de ses réquisitions, le parquet admet que ce dossier n’a pas été facile, depuis la phase des enquêtes. Il rappelle les chefs d’accusation retenus contre Tasséré Ouédraogo et 21 autres prévenus. Entre autres, proxénétisme, traite de personnes…
Pour le « mythique Allah ti Kouma dénommé faussement Galaxie », le ministère public rappelle que ce « célébrissime lieu de prostitution au Burkina » abritait 202 chambres de passes. Les perquisitions avaient permis de mettre la main sur 273 personnes, dont 208 prostituées, parmi lesquelles on dénombre 20 mineures et 60 clients qui ont par la suite été relaxés.
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Le site existe depuis 2003 et, malgré les tentatives de fermeture, il est resté fonctionnel.
Pour le parquet, comme les autres sites, « Allah ti kouma » pose un problème de salubrité publique, sans compter que l’activité qui s’y menait avait une influence négative sur les riverains, notamment les jeunes filles du quartier, qui grandissent dans un environnement où elles pourraient se dire que la prostitution est normale.
Une après l’autre, le ministre public fait appel à quelques filles travailleuses de sexe à la barre. Certaines, comme Blessing, Precious devraient payer entre 1 million 500 000 et 1 million 800 000 à ceux qui les ont fait venir au Burkina en leur promettant un travail décent. Ne se doutant pas qu’elles se prostitueraient, elles découvriront sur place qu’elles n’y ont pas d’échappatoire. La seule issue est de « se vendre » pour rembourser et être enfin libre.
Le parquet avait alors requis 10 millions d’amende et une peine d’emprisonnement de 36 mois contre Tasséré Ouédraogo. Pour les filles de nationalités étrangères qui y travaillaient, leur reconduction à la frontière a été requise.
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Pour l’avocat de Tasséré Ouédraogo, le ministère public tente de présenter son client comme « l’ogre. Comme si c’était lui qui avait fait venir la prostitution au Burkina ». Il souhaite alors que le débat soit dépassionné, la prostitution étant qualifiée de plus vieux métier du monde et étant même citée dans la Bible.
Mieux, il soutient que la prostitution est encadrée juridiquement puisque ces dernières payent des impôts. Au lieu de « Allah ti kouma », il préfère parler de Galaxie SARL, qui est une entreprise légalement constituée, qui figure dans le registre de commerce et qui paye ses impôts. « Quand il s’agit de prendre les taxes, on ne refuse pas », lance l’avocat dans une salle qui s’esclaffe de rire.
Il avait alors requis la relaxe de son client, ou au pire des cas, que le tribunal tienne compte du fait qu’il est un délinquant primaire, n’ayant jamais été condamné. Finalement, le tribunal a déclaré Tasséré Ouédraogo coupable et l’a condamné à 5 ans de prison dont 3 fermes plus 10 millions d’amende. Par ailleurs le tribunal a ordonné la fermeture de « Allah ti kouma ».
D’autres prévenus ont écopé de peines avec sursis. Le juge a également ordonné l’expulsion du territoire national pour certains d’entre eux.
